Article rĂ©digĂ© par Thibaut GARĂON - MKDE
Description
La course Ă pied est l'une des activitĂ©s physiques les plus pratiquĂ©es dans le monde. Cependant, bien que les avantages de la course Ă pied pour la santĂ© aient Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©s dans les grandes lignes, elle est souvent pourvoyeuse de blessures qui sont le plus souvent associĂ©es Ă des erreurs de planification dâentraĂźnement ou du matĂ©riel. Ă cet Ă©gard, il a Ă©tĂ© prouvĂ© que la partie infĂ©rieure de la jambe est l'une des zones les plus frĂ©quemment endommagĂ©es, et que la pĂ©riostite (ou syndrome de stress tibial mĂ©dial) est la principale blessure survenant chez les coureurs.
Le syndrome de stress tibial médial est une lésion inférieure de la jambe dite de « surutilisation ». Il se caractérise par une douleur provoquée par l'exercice le long du bord postéro-médial des deux tiers distaux du tibia. Bien que sa cause exacte soit encore floue, l'inflammation et la traction musculaire sur le périoste et les réactions de stress douloureuses dans l'os ont été proposées comme facteurs déclencheurs possibles. Bien que la plupart des études publiées aient été réalisées sur des athlÚtes professionnels, le risque de développer une périostite reste nettement plus élevé chez les coureurs de loisir (représentant une plus large population retrouvée en cabinet de kinésithérapie).
Anatomie et biomécanique
Les os composants la partie infĂ©rieure de la jambe ne sont pas nombreux et sont constituĂ©s du tibia et de la fibula. Ils sont reliĂ©s entre eux en distal par une articulation plane et forment en distal la pince bimallĂ©olaire souvent touchĂ©e lors de traumatismes dâentorse avec une atteinte de la syndesmose. La membrane interosseuse stabilise les 2 os dans leur partie mĂ©diane et infĂ©rieure.
Il est important de rappeler comment un os est constituĂ© notamment pour cette pathologie. Comme dĂ©crit sur le schĂ©ma ci-aprĂšs, un os est constituĂ© de plusieurs couches, la plus profonde est appelĂ©e endoste, couche interne de lâos compact, et la plus superficielle appelĂ©e pĂ©rioste, couche en relation Ă©troite avec les tissus environnants et notamment les attaches musculaires des muscles de la jambe.

SchĂ©ma de reprĂ©sentation des diffĂ©rentes couches de lâos (Source : https://houssiere.eu)
Au niveau musculaire, on va sâintĂ©resser aux muscles de la loge mĂ©diane de la jambe, muscle les plus souvent sollicitĂ© et Ă renforcer en rééducation sur cette pathologie. La photo ci-dessous vous montre les muscles en question, notez lâimportance des muscles qui constituent lâarche interne du pied, permettant dâavoir un appui confortable et efficace Ă la course Ă pied.

Anatomie musculaire de la loge médiane du pied et de la jambe (Source : https://clemedicine.com). En rouge, les muscles souvent impliqués dans la périostite.
ĂpidĂ©miologie
L'incidence du syndrome de stress tibial médial varie entre 13,6 % et 20 % chez les coureurs. L'augmentation significative des charges, du volume et des exercices à fort impact peut prédisposer au syndrome de stress tibial médial et à d'autres lésions dues au stress osseux.
Ătiologie
Le syndrome de stress tibial médian est une condition de surutilisation, spécifiquement une blessure de surcharge osseuse tibiale, que les cliniciens rencontrent couramment chez les participants à des exercices d'impact récurrents, tels que la course et le saut, ainsi que chez le personnel militaire.
Le processus physiopathologique sous-jacent Ă l'origine de cette pathologie semblerait ĂȘtre liĂ© Ă l'accumulation de microdommages non rĂ©parĂ©s dans le pĂ©rioste distal du tibia. Il y a gĂ©nĂ©ralement une inflammation du pĂ©rioste sus-jacente au site de la lĂ©sion osseuse, qui est Ă©galement en corrĂ©lation avec les attaches tendineuses du solĂ©aire, des flĂ©chisseurs des orteils et du tibial postĂ©rieur. Ătant donnĂ© la connexion mĂ©canique des fibres de Sharpey, qui sont des fibres perforantes du tissu conjonctif reliant le pĂ©rioste Ă l'os, on pense que la traction musculaire rĂ©pĂ©titive peut ĂȘtre la cause sous-jacente de la pĂ©riostite et du microtraumatisme cortical. Cependant, on ne sait toujours pas si la pĂ©riostite survient avant le microtraumatisme cortical ou vice versa.
Diagnostic & Ă©valuationÂ
Lors de l'évaluation des douleurs des membres inférieurs, le diagnostic fiable du syndrome de stress tibial médial repose surtout sur l'anamnÚse et l'examen physique.
A lâanamnĂšse on doit retrouver entre autres :
Présence d'une douleur provoquée par l'exercice le long des deux tiers distaux du bord médial du tibia
Présence d'une douleur provoquée pendant ou aprÚs une activité physique, qui s'atténue avec le repos relatif
Absence de crampe, de douleur brûlante dans le compartiment postérieur et/ou d'engourdissement/de picotement dans le pied
L'examen physique doit comprendre la palpation et l'inspection du membre inférieur
Si votre patient pratique la course à pied de maniÚre réguliÚre, essayez de cibler vos questions pour avoir un plan de traitement adapté à sa pratique sportive. Les axes de questionnement doivent donc se concentrer sur :
Le volume dâentrainement (kilomĂ©trage) de ses derniĂšres semaines
Sa planification et ses types de séances (sortie longue, sprint, cÎtes) de ses derniÚres semaines
Son chaussage
Le type de sol emprunté (trail, tapis de course, piste)
Les rĂ©sultats de l'examen physique qui confirment l'existence dâune pĂ©riostite peuvent ĂȘtre :
Présence d'une douleur reconnaissable reproduite à la palpation du bord postéro médiale du tibia > 5 cm
L'absence d'autres signes non typiques du syndrome de stress tibial médian (par exemple, un gonflement important, un érythÚme, une perte des pouls distaux, etc.)
Si les éléments ci-dessus de l'anamnÚse et de l'examen physique ne sont pas présents, il est peu probable que le syndrome de stress tibial médian soit la cause de la douleur au niveau des membres inférieurs et les soupçons et les investigations doivent se concentrer sur une autre cause de douleur au niveau des membres inférieurs.
En termes dâexamen dâimagerie, il nâest pas nĂ©cessaire en premiĂšre intention de devoir en effectuer. Il semble important de se tourner vers des examens « dâexclusion » pour enlever toute suspicion de fracture (radio ou IRM), ou de syndrome des loges (examen de pression spĂ©cifique).

Facteurs de risques
Toutes les articulations des membres infĂ©rieurs peuvent contribuer Ă lâĂ©mergence de cette pathologie, notamment si une mauvaise cinĂ©matique de course y est associĂ©e. Lâun des facteurs de risque le plus retrouvĂ© en littĂ©rature est une pronation excessive du pied. En outre, le stress causĂ© par une pronation excessive Ă la course peut augmenter les contraintes dans la premiĂšre articulation mĂ©tatarso-phalangienne en flexion plantaire ce qui est en lien avec la potentielle faiblesse des muscles responsables du maintien de la voĂ»te plantaire. De plus, cette hyper-pronation peut ĂȘtre associĂ©e Ă plusieurs modifications biomĂ©caniques compensatoires, parmi lesquelles on retrouve :
Un valgus de genou qui accentue une chute du bassin dans le plan frontal Ă lâappui.
Une augmentation du pic de rotation interne de hanche Ă lâappui.
Un affaissement important de lâos naviculaire à lâappui.
Une technique de course dite « apropulsive » (avec une absence de dĂ©roulement talon-pointe durant la phase dâappui jusquâĂ la propulsion) entrainant une levĂ©e prĂ©coce du talon et une activitĂ© plus importante du tibial postĂ©rieur dans ce schĂ©ma de course qui favoriserait sa surutilisation.
Dâautres facteurs de risques intrinsĂšques sont dĂ©crits dans la littĂ©rature comme par exemple :
Un antécédent de périostite
Un IMC élevé
Ătre une femme
Une carence en vitamine D
L'augmentation significative des charges, du volume et des exercices à fort impact au sol (courir longtemps, sauter) peut prédisposer au syndrome de stress tibial médian et à d'autres lésions dues au stress osseux. Ces variables-là étant considérées comme des facteurs de risques extrinsÚques.
Traitements & prévention
Phase aiguë
Le repos améliore les symptÎmes, et le repos accompagné de médicaments pendant deux à six semaines est le plus souvent efficace pour soulager les symptÎmes au début de la rééducation.
Une phase de « dĂ©charge » sportive reste obligatoire cependant avec une rĂ©duction significative des sports Ă impacts rĂ©pĂ©titifs (diminution importante du volume de course Ă pied, modification de la vitesse de course ou des modalitĂ©s de sorties de course Ă pied de type fractionnĂ© notamment), ainsi quâun renforcement doux des muscles de la jambe et du pied en dĂ©charge Ă©galement doit ĂȘtre commencĂ©. Le vĂ©lo ou la natation peuvent ĂȘtre continuĂ©s sans risques.
La course Ă pied peut ĂȘtre recommencĂ©e au bout d'une semaine, lorsque la douleur s'estompe. Pour Ă©viter la fatigue musculaire, ajoutez un programme de rééducation avec des exercices d'Ă©tirement et de renforcement des muscles du mollet.
Phase subaiguë
L'objectif principal du traitement est d'améliorer les conditions d'entraßnement, les problÚmes biomécaniques de la course à pied ainsi que de commencer un renforcement musculaire progressif.
La distance, l'intensitĂ© et la frĂ©quence des sorties de course Ă pied sont rĂ©introduites en continuitĂ© de la phase prĂ©cĂ©dente et les paramĂštres d'entraĂźnement sont modifiĂ©s. Il est conseillĂ© d'Ă©viter de marcher sur des surfaces irrĂ©guliĂšres et d'Ă©viter les terrains accidentĂ©s. Les activitĂ©s Ă faible impact doivent ĂȘtre pratiquĂ©es pendant la phase de rééducation. L'athlĂšte doit commencer par un entraĂźnement Ă faible impact, qui Ă©volue progressivement vers la course en cĂŽte avec une augmentation de la vitesse, de l'intensitĂ© et de la distance.
Le renforcement des muscles du tronc, de la hanche et des fessiers pour assurer la stabilité du tronc améliore l'activité de course avec une mécanique appropriée et évite la surutilisation des membres inférieurs. L'éducation neuromusculaire telle que l'entraßnement à l'équilibre ou l'entraßnement proprioceptif est également utile. Des chaussures adéquates avec des semelles appropriéespermettront d'absorber correctement les chocs et d'éviter de nouvelles blessures.
Il paraĂźt primordial de mettre en Ćuvre des stratĂ©gies de prĂ©vention, notamment pour les populations spĂ©cifiques comme chez les coureurs afin de rĂ©duire lâincidence des blessures dues Ă une altĂ©ration de la biomĂ©canique de la course. Quatre points clĂ©s semblent essentiels pour ces coureurs :
Effectuer une analyse biomĂ©canique des mouvements lors de la course afin dâidentifier les facteurs de risque de blessure (possible chez des podologues, kinĂ©sithĂ©rapeutes spĂ©cialisĂ©s)
Adopter une technique de course spĂ©cifique Ă chacunet ainsi amĂ©liorer lâensemble de la cinĂ©matique. Ne pas nĂ©gliger les exercices de force et de contrĂŽle neuromusculaire.
Ătablir un programme de course progressif et adaptĂ© avec des temps de rĂ©cupĂ©ration appropriĂ©, afin de gĂ©rer la douleur et prĂ©venir la rĂ©currence des blessures.
Inclure dans les programmes dâentrainement ou de rééducation, des sĂ©ances de renforcement musculaire en lien avec les dĂ©ficits biomĂ©caniques ou dâanciennes douleurs/antĂ©cĂ©dents.

Diagnostics différentiels
Compte tenu de la localisation sur le membre inférieur, le diagnostic différentiel comprend les éléments suivants :
Fracture de stress du tibia
Syndrome des loges d'effort chronique
Ătiologies vasculaires (par exemple, syndrome de piĂ©geage fonctionnel de l'artĂšre poplitĂ©e, maladie artĂ©rielle pĂ©riphĂ©rique, etc.)
Les fractures de stress peuvent ĂȘtre difficiles Ă distinguer de la pĂ©riostite et font probablement partie du mĂȘme continuum de lĂ©sions osseuses tibiales. Les fractures de stress antĂ©rieur du cortex sont plus frĂ©quentes que les fractures de stress tibiales postĂ©ro-mĂ©diales et se distinguent par une sensibilitĂ© ponctuelle (<5 cm) le long du tibia.
Le syndrome des loges chroniques est considĂ©rĂ© comme un trouble d'origine musculaire et se manifeste de la mĂȘme maniĂšre par une douleur des membres infĂ©rieurs provoquĂ©e par l'exercice et Ă©galement localisĂ©e de maniĂšre diffuse. Il touche souvent les deux extrĂ©mitĂ©s, est soulagĂ© par le repos et peut s'accompagner de symptĂŽmes supplĂ©mentaires tels que paresthĂ©sies, pĂąleur, tempĂ©rature cutanĂ©e froide et perte de pouls dans le membre infĂ©rieur distal. Le diagnostic est Ă©tabli en mesurant la pression des compartiments intramusculaires.
Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©
A lire également :
Sources :
MenĂ©ndez, C., Batalla, L., Prieto, A., RodrĂguez, M. Ă., Crespo, I., & Olmedillas, H. (2020). Medial Tibial Stress Syndrome in Novice and Recreational Runners: A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(20), 7457âââArticle sous License Creative Common CC-BY 4.Â
McClure, C. J. (2023, août 8). Medial tibial Stress Syndrome. StatPearls - NCBI Bookshelf. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK538479/
Mattock, J., Steele, J. R., & Mickle, K. J. (2021). Are leg muscle, tendon and functional characteristics associated with medial tibial stress Syndrome ? A systematic review. Sports Medicine - Open, 7(1).Â
KinĂ©sithĂ©rapeute Ă Toulouse, passionnĂ© par le sport de haut niveau et la performance notamment grĂące au football. PassĂ© par le centre de formation du TFC et Ă lâheure actuelle joueur et fondateur du club de football de lâOlympique Club de Pompert.
Par le biais de NeuroXtrain, souhaite transmettre les données scientifiques pertinentes pour les étudiants ou professionnel de santé et de les rendre accessibles afin de promouvoir les nouvelles technologies et les nouvelles données en termes de performance et de rééducation du sportif.
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