Les muscles de la hanche assurent un double objectif : produire le mouvement (flexion/extension, abduction/adduction, rotations) et stabiliser le bassin pendant la locomotion. Cette fonction “anti-chute” est particulièrement critique en appui unipodal (marche, montée d’escaliers, course), où le système abducteur doit maintenir l’alignement pelvien et contrôler la trajectoire du fémur.
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Physiopedia - Peter Howard. M.D
Le pilier fonctionnel : les abducteurs (GMed, GMin) et la stabilisation pelvienne
Gluteus medius (GMed) et gluteus minimus (GMin)
Le moyen fessier (GMed) et le petit fessier (GMin) sont les stabilisateurs majeurs du bassin pendant la marche. Leur action principale est l’abduction de hanche, mais ils contribuent aussi au contrôle des rotations (interne/externe selon les portions activées) et à la stabilisation frontale du bassin.
Un point important est leur architecture segmentée : chacun est décrit avec quatre compartiments (différences d’orientation de fibres et d’innervation), ce qui permet des actions régionales (certaines portions plus abductrices, d’autres plus rotatoires/stabilisatrices). Le GMed est globalement le plus volumineux, ce qui renforce sa contribution mécanique (volumes moyens rapportés : GMed ≈ 27,6 ± 11,6 cm³ ; GMin ≈ 14,1 ± 11,1 cm³).
Sur le plan clinique, cette compartimentation aide à comprendre pourquoi des atteintes peuvent être partielles (atrophie localisée, infiltration graisseuse, douleur latérale de hanche).
Tensor fasciae latae (TFL) et grand fessier : des rôles “contextuels” mais non négligeables
Tensor fasciae latae (TFL)
Le TFL participe à l’abduction mais apparaît comme un abducteur secondaire comparé au couple GMed/GMin. Il est décrit comme plus petit et plus homogène (volume moyen rapporté ≈ 1,8 ± 0,8 cm³), encapsulé dans le fascia lata, avec une innervation moins “différentielle” que celle des glutéaux.
Les données expérimentales de bloc montrent que si l’on affaiblit le TFL, la baisse de force d’abduction existe mais reste modérée (≈ 15% en flexion de hanche à 30°), alors que l’affaiblissement du GMed/GMin entraîne une chute majeure de la force abductrice (ex. de ~220 N à ~83 N en flexion 30°).
Gluteus maximus (GMax)
Le grand fessier est classiquement un extenseur puissant et un acteur majeur du contrôle de l’arrière-pied/chaîne postérieure. Mais il peut aussi contribuer à l’abduction, surtout lorsque la hanche est en flexion : un affection neurologique du GMax diminue la force d’abduction de façon notable (≈ 43–56% selon la position), ce qui suggère un rôle fonctionnel important dans certaines postures et tâches locomotrices.
Muscles “secondaires” : rotation, stabilisation et rééducation ciblée
Deux muscles souvent discutés en rééducation illustrent la logique “fonctionnelle” des petits muscles péri-articulaires :
- Pectiné (pectineus) : agit comme fléchisseur (rôle principal) et peut participer à la rotation interne (rôle secondaire), selon les conditions d’exercice.
- Piriforme (piriformis) : peut contribuer à l’abduction et à la rotation externe, avec des recrutements variables selon l’angle de hanche et le type d’exercice.
Ces muscles participent davantage à la stabilisation fine, au contrôle rotatoire et à l’ajustement du centrage fémoral qu’à la production principale de force abductrice.
Rotateurs profonds : stabilité “fine” et centrage articulaire
Ce groupe comprend : piriformis, obturateur interne, obturateur externe, jumeaux (supérieur/inférieur), carré fémoral.
Fonctions principales
- Rotation externe de hanche (en position neutre ou en extension)
- Contrôle de la rotation interne en charge
- Stabilisation postérieure de la hanche
- Centrage actif de la tête fémorale dans l’acétabulum
Ces muscles sont souvent comparés à la coiffe des rotateurs de l’épaule :
Ils ne produisent pas de grands couples de force, mais assurent la stabilité dynamique, limitent les micro-translations et optimisent la congruence articulaire.
Autres
Iliopsoas (psoas major + iliaque)
- Fléchisseur principal de hanche
- Participe au contrôle antérieur de la tête fémorale
- Joue un rôle important dans la stabilité en phase d’oscillation et dans les transitions posture-marche
Droit fémoral, sartorius, pectiné
- Participent à la flexion, mais aussi à la coordination inter-segmentaire (hanche–genou–bassin)
Ischio-jambiers (biceps fémoral, semi-tendineux, semi-membraneux)
- Extension de hanche
- Synergie avec le GMax pour la propulsion et le contrôle des forces de cisaillement postérieures
Adducteurs : contrôle frontal, propulsion et centrage
Les adducteurs (longus, brevis, magnus, gracilis, pectiné) ne sont pas de simples “antagonistes” des abducteurs. Ils jouent un rôle clé dans :
- La stabilisation frontale du bassin (co-contraction avec les abducteurs)
- La propulsion en phase d’appui (surtout l’adductor magnus)
- Le contrôle de la trajectoire du fémur (centrage de la tête fémorale)
Adductor magnus est un muscle charnière :
- Partie antérieure → adduction/flexion
- Partie postérieure → extension (fonction proche des ischio-jambiers)
En marche, la co-activation abducteurs–adducteurs augmente la compression articulaire, stabilise la hanche et réduit les translations indésirables.

Mécanismes biomécaniques : pourquoi ces muscles stabilisent le bassin en marche ?
La stabilité pelvienne dépend de trois éléments qui se combinent :
- Architecture et compartimentation
La segmentation du GMed/GMin permet un contrôle “multi-plans” : abduction + contrôle rotatoire, avec des contributions différentes selon les portions activées. - Bras de levier et lignes d’action
Le rôle d’un muscle change avec la position de hanche (flexion/extension), car la ligne d’action par rapport au centre de rotation varie. C’est une explication biomécanique majeure de la contribution du GMax à l’abduction en flexion. - Patrons d’activation et coordination inter-musculaire
Le contrôle pelvien en marche nécessite une synchronisation : certains contextes pathologiques modifient ces patrons, avec des stratégies de compensation (augmentation d’activité en début d’appui, diminution ailleurs), susceptibles d’entretenir douleur ou surcharge.
Facteurs qui modulent la fonction musculaire et le risque de douleur/dysfonction
Plusieurs facteurs influencent la performance des muscles de hanche :
a) Facteurs anatomiques (compartimentation et insertion)
La compartimentation du GMed/GMin peut favoriser des atteintes localisées. De plus, les modifications mécaniques des insertions (ex. chirurgie/ostéotomie du grand trochanter) peuvent déplacer les zones de fonctionnement, augmenter les tensions passives et réduire la capacité de production de force ; une position du trochanter proche du centre de rotation est décrite comme plus favorable au rendement mécanique.
b) Facteurs neurologiques et chirurgicaux
Après arthroplastie totale de hanche, des études EMG rapportent des dénervations partielles variables selon la voie d’abord : certaines voies exposent davantage le nerf glutéal supérieur (notamment ses branches), pouvant affecter TFL et/ou GMed. Même si la force globale n’est pas toujours significativement diminuée, ces atteintes peuvent contribuer à des troubles de contrôle moteur, fatigue et boiterie.
c) Facteurs pathologiques (arthrose) et adaptations motrices
Les pathologies articulaires peuvent modifier les stratégies d’activation pendant la marche. Ces changements peuvent être interprétés comme des compensations protectrices, mais aussi comme des facteurs de surcharge et de persistance des symptômes.
Conclusion
Les muscles de la hanche ne se résument pas à “abducteurs vs non-abducteurs”. Le GMed et le GMin constituent le noyau de la stabilisation pelvienne, grâce à leur volume, leurs compartiments fonctionnels et leurs rôles combinés en abduction/rotation. Le TFL joue un rôle plus modeste, tandis que le GMax peut devenir un contributeur important à l’abduction dans certaines postures (notamment en flexion). Les muscles “secondaires” (pectiné, piriforme) participent surtout au réglage fin (rotation, centrage, stabilisation). La douleur et la dysfonction émergent souvent lorsque l’architecture (compartiments), l’innervation (chirurgie), la mécanique d’insertion ou la coordination (arthrose) perturbent ce système.
Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.
Sources
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- Chomiak, J., et al. (2015). Lesion of Gluteal Nerves and Muscles in Total Hip Arthroplasty through 3 Surgical Approaches. HIP International, 25(2), 176–183. https://doi.org/10.5301/hipint.5000199
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