Introduction
L'arthrose de la hanche, ou coxarthrose est une pathologie chronique, irréversible qui représente une destruction progressive du cartilage articulaire. Elle est considérée comme la plus invalidante des formes d'arthrose en raison de son impact significatif sur la qualité de vie des patients.
La gestion de l’arthrose en kinésithérapie est souvent un traitement de premier choix que ce soit pour la coxarthrose ou alors pour d’autres articulations, comme le genou ou l’épaule.
L’objectif de cet article est de recenser les dernières informations sur la place de la kinésithérapie dans le parcours de soin du patient atteint d’une coxarthrose, mais également sur d’autres paramètres, comme l’hygiène de vie.
Nature et évolution de la coxarthrose
La coxarthrose est une maladie dégénérative qui évolue avec le temps. Dans ses stades avancés, elle peut entraîner des lésions irréversibles et nécessiter une intervention chirurgicale importante. Cette condition est plus fréquente :
- Chez les adultes de plus de 40 ans, et sa prévalence augmente avec l'âge.
- Elle affecte les deux sexes, avec une légère prédominance chez les femmes.
L'arthrose est considérée comme une « condition de la personne entière » où divers facteurs biopsychosociaux et comportementaux influencent les processus dégénératifs qui déclenchent en conséquence la douleur et l'incapacité.
Symptômes caractéristiques de la coxarthrose
Comme introduit précédemment, les symptômes de la coxarthrose évoluent et s'aggravent avec le temps, pouvant devenir très invalidants. Ils incluent principalement :
- Douleur : c’est le symptôme majeur. La douleur est initialement perçue dans l'aine ou la région fessière et peut s'étendre vers la partie antérieure de la cuisse. Au début, elle est de type mécanique, survenant après l'effort et disparaissant au repos. À mesure que la pathologie progresse, la douleur devient plus intense et peut persister même au repos.
- Raideur matinale.
- Limitation de la mobilité.
- Limitations dans l’activité physique et quotidienne : comme marcher ou monter les escaliers, par exemple.

Causes et facteurs de risque
De manière générale, l’arrêt de l'activité physique régulière et l'adoption d'un mode de vie sédentaire sont des facteurs qui perturbent le fonctionnement naturel du système musculo-squelettique, favorisant l'apparition de n’importe quel type d'arthrose.
L’obésité peut être un facteur de risque majeur dans le développement de la coxarthrose. Cette dernière, d’un point de vue mécanique, entraîne une surcharge de l’articulation de la hanche, augmentant la limitation de mobilité et diminuant l'indépendance fonctionnelle, rendant la marche de plus en plus difficile.
L'obésité est souvent associée à des troubles du métabolisme lipidique et à une inflammation systémique de faible degré, qui peuvent induire des lésions du cartilage, de la membrane synoviale et de l'os sous-chondral, spécifique à l'arthrose de la hanche.
Approches de traitement pour la coxarthrose
Les méthodes de rééducation conservatrice, comme la kinésithérapie jouent un rôle essentiel dans la gestion de la coxarthrose. En effet, des programmes personnalisés peuvent prévenir l'aggravation de l'arthrose de la hanche, soulager les symptômes et améliorer l'indépendance et la qualité de vie.
Quels sont les principes de base ?
- Seuil de douleur: Les exercices doivent être arrêtés si une douleur forte apparaît, et ce seuil de douleur ne doit pas être dépassé sur de longues durées. Il est toujours recommandé de respecter la charge de tolérance du patient pour ne pas entraîner de phénomènes inflammatoires et de dégradations articulaires trop importants.
Comment savoir si j’ai été au-delà de mon seuil de tolérance ?
- Sur une échelle de 0 à 10 (échelle EVA), mon ressenti de douleur post séance est de plus de 4/10
- Entre 30 à 60 minutes post séance, la douleur reste forte et ne diminue pas
- Le lendemain de la séance, je ne me sens pas capable d’effectuer la séance de la veille à cause de ces douleurs
De plus, et pour n’importe quelle affection musculo-squelettique, il est très important de quantifier également vos niveaux de stress (qui peuvent être classés en 3 catégories : le sport ou l’activité physique, le travail et la vie quotidienne), afin de définir des objectifs de modification rapide d’habitudes de vie pour ne pas entraîner de phénomènes de surcharge. Cette quantification (durée, intensité), vous permet de cibler des « stresseurs » plus importants que d’autres.
- Progressivité: L'intensité, le nombre de répétitions, l'amplitude et la vitesse des mouvements doivent augmenter progressivement à mesure que le patient s'améliore
- Individualisation: Les programmes doivent être adaptés aux besoins, préférences et caractéristiques de chaque patient (restriction de mobilité, force musculaire, niveau de pratique sportive, par exemple)

Les différentes modalités d’exercices
Les interventions en kinésithérapie sont nombreuses, parmi elles on note :
- Les techniques de mobilisations articulaires. Quelle soit active, passives ou les 2 combinées, elles sont nécessaires et indispensables pour restaurer la mobilité de la hanche.
Nous vous suggérons des séries d’une vingtaine de répétitions, entrecoupées d’un temps de pause, sur 2 à 3 séries, par exemple. Ces mobilisations incluent :
- La flexion
- L’extension
- L’abduction
- Les rotations (internes et externes)
- Le renforcement musculaire: Surement la partie la plus importante de vos programmes de rééducation. Les exercices ciblent le renforcement des muscles autour de la hanche (fessiers, adducteurs, rotateurs, psoas, …) et du genou (quadriceps et ischio-jambier) sont primordiaux. Bien évidemment, un travail du renforcement du tronc et des abdominaux est essentiel pour maintenir une stabilité globale de la région de la hanche et du bassin.
- Les exercices d'équilibre et de contrôle moteur : Pour améliorer la stabilité statique en position debout (en bipodal et en unipodal) mais également pour des exercices de stabilité dynamique (réceptions d’appuis, de saut, …).
- Exercices cardio-vasculaires : Sont indiqués dans un premier temps pour restaurer du mouvement et faciliter l’exercice physique sans charge additionnelle. La difficulté peut être augmentée avec le choix de la résistance, des intervalles d’intensité, etc…
- Exercices en balnéothérapie : Sont une alternative viable si les exercices au sol sont intolérables en raison de la douleur ou d'une obésité sévère.
Les bénéfices spécifiques de la kinésithérapie
Les exercices supervisés améliorent significativement la douleur et la fonction physique chez les patients atteints d'arthrose de la hanche. Dans les paragraphes suivants, nous vous expliquons plus en détail ces bénéfices.
Selon Radu et ses collaborateurs (2022), les patients qui ont suivi un programme de kinésithérapie ont montré une amélioration significative des valeurs de l'indice de Lequesne(indiquant une réduction de la douleur, une meilleure distance de marche maximale et une amélioration des activités quotidiennes) ainsi que du test de Tinetti (évaluant l'équilibre et les caractéristiques de la marche). La mobilité de l'articulation de la hanche, mesurée par la flexion et l'abduction, est également considérablement améliorée. La kinésithérapie contribue de ce fait à augmenter le niveau de fonctionnalité et d'indépendance et à améliorer la qualité de vie des patients.
L'exercice soulage la douleur aussi efficacement que les médicaments, mais sans les effets secondaires.
La combinaison de l'exercice et de l'éducation du patient peut retarder une chirurgie de remplacement total de la hanche de 44% par rapport à l'éducation seule. Si une chirurgie est finalement nécessaire, avoir participé à un programme d'exercices préalable peut conduire à une récupération postopératoire plus rapide.
Quid de la place de l’éducation thérapeutique ?
L'éducation du patient est essentielle pour maintenir la motivation et l'adhérence à un programme d'exercices à long terme. Elle doit couvrir les causes, les facteurs de risque, les mécanismes de la pathologie, l'importance de l'activité physique, les traitements efficaces et inefficaces, et les stratégies d’implication du patient dans le parcours de soin (hygiène de vie, entre autres).
De manière générale, la combinaison de l'exercice et de l'éducation du patient est plus efficace que l'un ou l'autre seul.
L’importance de la perte de poids?
Pour les patients en surpoids, la perte de poids est un objectif majeur de la rééducation. Même une perte de poids de 5% peut avoir un impact significatif sur les symptômes.
Les bénéfices les plus notables de la rééducation ont été observés chez les patients ayant perdu du poids de manière significative et ayant réduit leur IMC, en particulier les patients de moins de 50 ans. Cela est dû en partie à une meilleure réserve cardiovasculaire qui permet des exercices de plus haute intensité, favorisant la dépense énergétique, la perte de poids et donc de meilleures capacités physiques.
Conclusion
En résumé, la kinésithérapie pour l'arthrose de la hanche est une approche fondamentale, visant à améliorer la mobilité, à réduire la douleur et à renforcer la fonction grâce à des programmes d'exercices individualisés et progressifs, souvent combinés à une éducation thérapeutique et, si nécessaire, à des efforts de perte de poids.
Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.
Sources
- Van Doormaal, M. C., Meerhoff, G. A., Vlieland, T. P. V., & Peter, W. F. (2020). A clinical practice guideline for physical therapy in patients with hip or knee osteoarthritis.Musculoskeletal Care,18(4), 575‑595.
- Radu, A., Bungau, S., Tit, D., Behl, T., Uivaraseanu, B., & Marcu, M. (2022). Highlighting the Benefits of Rehabilitation Treatments in Hip Osteoarthritis.Medicina,58(4), 494.