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Le rôle des ischio-jambiers dans la prévention des blessures : exercices et protocoles efficaces

// RÉÉDUCATION

Les blessures aux ischio-jambiers sont fréquentes dans les disciplines sportives impliquant des sprints, des décélérations rapides et des changements de direction.

Mise en ligne le 16 Sep 2025
Mise Ă  jour le 16 Sep 2025
Ischio-jambiers
Blandine

Blandine

Introduction

Les blessures aux ischio-jambiers sont fréquentes dans les disciplines sportives impliquant des sprints, des décélérations rapides et des changements de direction. Elles représentent une part significative des blessures musculaires, en particulier dans des sports comme le football, l’athlétisme ou le rugby, où leur incidence est élevée et leur taux de récidive peut atteindre 30 à 40 % (3). Leur impact dépasse largement la simple indisponibilité temporaire de l’athlète. Une blessure aux ischio-jambiers peut altérer la performance, modifier la biomécanique du mouvement et engendrer des compensations délétères augmentant le risque d’autres blessures. Dès lors, il est primordial de mettre en place des stratégies préventives basées sur la science pour réduire l’incidence de ces blessures et optimiser la longévité sportive des athlètes.

Comprendre le mécanisme des blessures

Les ischio-jambiers subissent des contraintes mécaniques considérables, particulièrement lors de contractions excentriques sous forte charge. Deux mécanismes principaux sont identifiés :

  • Blessures par allongement de l'unité muscle-tendon au-delà de longueurs modérées : Ce type de lésion survient lorsque les ischio-jambiers sont étirés au-delà de leur capacité physiologique, généralement dans des amplitudes extrêmes (en flexion de hanche et extension de genou par exemple).
  • Blessures lors de mouvements à grande vitesse: Ce sont les blessures les plus courantes chez les sprinters et les joueurs de sports collectifs. Elles surviennent généralement lors de la phase terminale du cycle de course, lorsque les ischio-jambiers travaillent en excentrique pour ralentir la jambe avant l’impact au sol, en flexion de hanche associée à une extension de genou. Le biceps fémoral est le plus exposé à ce type de mécanisme.

Facteurs de risque et biomécanique des blessures aux ischio-jambiers

La relation entre la force musculaire, la flexibilité et le risque de blessure est bien documentée (1). Parmi les facteurs de risque modifiables, on retrouve :

  • Un manque de force excentrique des ischio-jambiers, essentielle pour absorber les forces lors des accélérations et décélérations.
  • Un déséquilibre du ratio force ischio-jambiers/quadriceps (IJ/Q), augmentant la vulnérabilité musculaire.
  • Une longueur insuffisante des faisceaux musculaires du biceps fémoral, réduisant la capacité d’absorption des contraintes.
  • Une fatigue neuromusculaire, affectant la coordination intra- et inter-musculaire et augmentant la susceptibilité aux blessures.
  • Une biomécanique altérée, notamment lors des phases de sprint et de changement de direction.

Approches préventives validées par la recherche 

Les stratégies préventives doivent prendre en compte les facteurs de risque modifiables cités précédemment. Il est recommandé de surveiller la force excentrique des ischio-jambiers et le ratio force IJ/Q notamment, en corrigeant les déficits musculaires pour réduire les risques de blessure.

De plus en plus d’athlètes ou d’équipes adoptent les programmes de prévention des blessures, qui constituent une partie essentielle de leur échauffement ou de leur entraînement. L'objectif est de réduire efficacement l'incidence des blessures sportives.

Le Centre d’évaluation et de recherche médicale de la Fédération Internationale de Football Association (F-MARC) a développé les programmes de prévention « FIFA 11 » et « FIFA 11+ ». Ces programmes comprennent des exercices ciblant des capacités athlétiques telles que la force, la vitesse, l’agilité et l’équilibre à réaliser avant chaque séance d’entraînement pendant 15-20 minutes (4). Vous trouverez davantage de détail sur ces programmes plus tard dans cet article.

Exercices excentriques et leur efficacité

Les exercices excentriques sont reconnus comme l’approche la plus efficace pour réduire le risque de blessures des ischio-jambiers et des membres inférieurs. Cette affirmation est soutenue par la méta-analyse de Hu et al. (2023), qui met en avant leur capacité à améliorer la force musculaire, la résilience des fibres et la prévention des lésions. Parmi ces exercices, le Nordic Hamstring Exercise (NHE) s’impose comme référence. Son efficacité est prouvée lorsqu'il est pratiqué régulièrement, à raison de deux fois par semaine pendant une période de 21 à 30 semaines, réduisant ainsi le risque de blessure aux ischio-jambiers de 50 % (2). Il est également efficace pour réduire les blessures aux ischio-jambiers, au genou, à la hanche et à la cheville.

Son efficacité repose sur plusieurs mécanismes :

  • Une augmentation de la longueur et de l’épaisseur des faisceaux musculaires, améliorant leur capacité d’absorption des forces.
  • Un gain significatif de force excentrique, réduisant la susceptibilité aux lésions.
  • Une réduction de l'asymétrie musculaire et une amélioration du ratio IJ/Q.
  • Une adaptation neuro-musculaire favorisant une meilleure absorption des contraintes lors des accélérations et décélérations.

Le Nordic Hamstring Exercise

Le NHE est un mouvement consistant à freiner la descente du tronc tout en maintenant une contraction excentrique des ischio-jambiers, en contrôle.

Voici le protocole recommandé :

  • Débuter avec 1 série de 5 répétitions, en insistant sur un contrôle strict du mouvement.
  • Progression jusqu'à 3 séries de 12 répétitionssur 6 à 10 semaines.
  • Intégration régulière à raison de 2 à 3 fois par semaine.
  • Ajouter progressivement des résistances externes (élastiques, charges) pour intensifier la sollicitation.

L'introduction du travail excentrique entraîne souvent des douleurs musculaires retardées(DOMS en anglais pour Delayed Onset Muscular Soreness), particulièrement chez les sportifs novices dans ce type d'entraînement. Pour réduire cet inconfort et optimiser l'adhésion aux protocoles de prévention, il est recommandé d’adopter une progression graduellede l’intensité et du volume, qui se traduit par un suivi régulier, pour adapter les charges en fonction des besoins individuels et du niveau de tolérance, afin d’éviter une surcharge neuromusculaire. En plus de cela, il est conseillé d’intégrer des phases de récupération active, sans oublier l’optimisation de la récupérationavec des stratégies nutritionnelles et hydratation adaptées.

Compléments au NHE

Une approche préventive efficace ne se limite pas au travail excentrique du NHE. En effet, pour éviter la monotonie et cibler différents groupes musculaires ou schémas moteurs, il est intéressant d’intégrer d’autres exercices ciblant la chaîne postérieure et la coordination neuromusculaire :

  • Renforcement musculaire complémentaire:
    • Soulevé de terre roumain(Romanian Deadlift) : sollicite la chaîne postérieure tout en optimisant la flexibilité musculaire
    • Hip Thrust / Bridge: cible les ischio-jambiers et les fessiers pour améliorer la stabilité pelvienne et le contrôle moteur grâce au travail synergique avec les muscles fessiers et le tronc.
    • Leg curl excentrique: renforce spécifiquement les ischio-jambiers dans leur fonction de flexion du genou.
    • Travail de stabilité lombo-pelvienne: gainage dynamique et exercices de contrôle moteur pour optimiser la coordination intersegmentaire
  • Travail pliométrique et coordination neuromusculaire:
    • Sauts, changements de direction et décélérations contrôlées pour reproduire les contraintes sportives et renforcer les qualités élastiques du tissu musculaire.
    • Exercice de drop jump et rebonds pour améliorer la réactivité musculaire.
    • Sprint avec élastique pour développer une meilleure tolérance aux accélérations et décélérations, avec une optimisation de l’économie de course.

Optimisation du sprint et des schémas moteurs

Mendiguchia et al. ont comparé les effets du sprint et des exercices excentriques isolés sur la structure des ischio-jambiers et la performance chez les footballeurs. Les résultats montrent que le sprint favorise une plus grande augmentation de lalongueur des faisceaux musculaires, un facteur clé dans la réduction du risque de blessure, et améliore davantage la performance en course que le NHE seul. En conséquence, uneapproche intégrée combinant sprints réguliers et travail excentrique ciblésemble être une alternative plus fonctionnelle aux protocoles classiques de prévention. Cette approche permet d’entraîner les ischio-jambiers dans des conditions plus spécifiques aux exigences sportives, renforçant ainsi leur résilience face aux contraintes mécaniques de la course à haute intensité, en renforçant la coordination intermusculaire et l’efficacité biomécanique du geste (5).

L’introduction de sprint dans un programme doit être progressive, en intégrant des variations d’intensité et de volume adaptées à la charge de travail globale.

Application pratique et adhésion au programme

L’adhésion des athlètes aux programmes préventifs est un facteur clé de leur efficacité. Plusieurs stratégies permettent de l’améliorer :

  • Sensibiliser les sportifsaux bénéfices des exercices pour la performance et la prévention des blessures.
  • Introduire progressivement les charges et volumes d'entraînementpour minimiser les douleurs musculaires retardées.
  • Varier les exercicespour éviter la monotonie et favoriser l'engagement.
  • Adapter les exercices individuellement, en fonction du profil musculaire et des antécédents de blessure.

Exemple du programme FIFA 11+

Ce programme d'échauffement préventif évoqué plus tôt inclut des exercices spécifiques pour renforcer les ischio-jambiers et améliorer leur résistance. Le FIFA11+ a montré une réduction des blessures de 30% chez les joueurs de football (4).

Ce programme se compose de trois parties :

  • Partie 1 : Phase de course dynamique pour une activation musculaire progressive avec trois niveaux de difficulté de 6 exercices.
  • Partie 2 : Phase de renforcement et stabilisation du tronc avec des exercices de renforcement excentrique des ischio-jambiers (dont le NHE), un travail de stabilité du tronc et des membres inférieurs pour améliorer le contrôle neuromusculaire, et des exercices pliométriques.
  • Partie 3 : Phase de course spécifique avec des sprints progressifs et changements de direction pour préparer aux sollicitations du sport.

Credits image : Sadigursky et al (2015)

 

Conclusion

Le Nordic Hamstring Exercise est un outil de prévention largement reconnu pour réduire les blessures aux ischio-jambiers. Toutefois, pour optimiser son efficacité, il doit être intégré dans une approche multifactorielle qui inclut coordination neuromusculaire, force et flexibilité. Ces stratégies, lorsqu’elles sont combinées dans un programme bien structuré, permettent non seulement de prévenir les blessures, mais aussi d’améliorer la performance sportive.

Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.

 

Sources

  1. Geraci, Adriana & Mahon, Delaney & Hu, Eric & Cervantes, Jesus & Nho, Shane. (2024). Prevention and Rehabilitation of the Athletic Hamstring Injury. Arthroscopy, Sports Medicine, and Rehabilitation. Article sous License Creative Commons CC BY 4.0
  2. Hu, C., Du, Z., Tao, M., & Song, Y. (2023). Effects of Different Hamstring Eccentric Exercise Programs on Preventing Lower Extremity Injuries: A Systematic Review and Meta-Analysis.International journal of environmental research and public health,20(3), 2057. Article sous License Creative Commons CC BY 4.0
  3. Brukner P. (2015). Hamstring injuries: prevention and treatment-an update.British journal of sports medicine,49(19), 1241–1244.  Article sous License Creative Commons CC BY NC0
  4. Sadigursky, D., Braid, J.A., De Lira, D.N.L. et al. The FIFA 11+ injury prevention program for soccer players: a systematic review. BMC Sports Sci Med Rehabil 9, 18 (2017). Article sous License Creative Commons CC BY NC0
  5. Mendiguchia, J., Conceição, F., Edouard, P., Fonseca, M., Pereira, R., Lopes, H., Morin, J. B., & Jiménez-Reyes, P. (2020). Sprint versus isolated eccentric training: Comparative effects on hamstring architecture and performance in soccer players. PloS one, 15(2), e0228283. Article sous License Creative Commons CC BY NC0