Article rĂ©digĂ© par ClĂ©ment BoudotÂ
La tendinopathie peut parfois ne pas guĂ©rir suite au traitement proposĂ© et peut ĂȘtre susceptible de survenir Ă nouveau malgrĂ© une premiĂšre prise en charge rĂ©ussit. Ceci laisse donc supposer que les approches thĂ©rapeutiques actuelles ne sont pas optimales.
Les programmes de rééducation sont gĂ©nĂ©ralement basĂ©s sur le renforcement musculaire afin de rĂ©duire les douleurs, mais aussi de rĂ©tablir les paramĂštres physiques et psychologiques du sportif blessĂ©. Lâactivation musculaire peut induire une analgĂ©sie (rĂ©duction de la douleur), amĂ©liorant ainsi la satisfaction du patient en lien avec le traitement proposĂ©. De plus, lâentraĂźnement de force est bĂ©nĂ©fique pour la structure de la matrice tendineuse, les propriĂ©tĂ©s musculaires et lâamĂ©lioration de la biomĂ©canique du sportif lors de mouvement spĂ©cifique.
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Cependant, la rééducation actuelle des tendinopathies ne traite pas de maniĂšre adĂ©quate le contrĂŽle corticospinal du muscle, ce qui peut entraĂźner une altĂ©ration du contrĂŽle du recrutement musculaire. Cela peut donc ĂȘtre un facteur de chronicitĂ©. Le contrĂŽle corticospinal du muscle signifie ici lâactivitĂ© de lâunitĂ© motrice (muscle/tendon) en rĂ©ponse aux influx corticospinaux inhibiteur et excitateur sur les motoneurones spinaux.
LâentraĂźnement musculaire est un puissant modulateur du systĂšme nerveux central et les influx corticospinaux sont essentiels pour le recrutement et lâactivation des unitĂ©s motrices. Cependant, les paramĂštres spĂ©cifiques de lâentraĂźnement musculaire sont importants pour avoir un effet sur la neuroplasticitĂ©. Pour pallier Ă cela, Ebonie Rio a dĂ©veloppĂ© la mĂ©thode TNT. Ce concept consiste Ă rĂ©aliser des exercices de renforcement musculaire avec une stimulation externe. Cette stimulation externe peut ĂȘtre auditive ou visuelle.
La stimulation auditive peut par exemple ĂȘtre fournie par un mĂ©tronome. Le mĂ©tronome sonne pour le dĂ©but de la phase concentrique puis une nouvelle fois pour la fin de la phase concentrique/dĂ©but de la phase excentrique et une autre fois pour la fin de la phase excentrique et ainsi de suite. Le mĂ©tronome permet de donner le tempo des contractions Ă effectuer.
La stimulation visuelle est quant Ă elle donnĂ©e par un Ă©cran oĂč l'exĂ©cution des exercices, avec le tempo dĂ©sirĂ©, est affichĂ©e et le patient nâa quâĂ suivre le rythme imposĂ© par la vidĂ©o.

Modifications corticospinales dans la tendinopathie patellaire
Le mouvement humain est supervisĂ© par le cortex moteur primaire (ou M1). Le mouvement est par la suite rĂ©gulĂ© par lâexcitabilitĂ© et lâinhibition corticospinale. Cela peut se reprĂ©senter par un conducteur (le M1) qui conduit sa voiture (le muscle) et qui dĂ©cide de la faire avancer avec la pĂ©dale dâaccĂ©lĂ©rateur (lâexcitabilitĂ© corticospinale) ou de la freiner (lâinhibition corticospinale).
Ebonie Rio a donc trouvĂ© que lâathlĂšte ayant une tendinopathie patellaire a un dysfonctionnement de ce contrĂŽle corticospinal en comparaison Ă lâathlĂšte sain. On retrouve une inhibition corticospinale accrue ainsi quâune excitabilitĂ© corticospinale augmentĂ©e du membre ayant la tendinopathie. Pour faire rĂ©fĂ©rence Ă lâanalogie prĂ©cĂ©dente, cela peut se traduire par le fait que le conducteur conduit avec un pied sur lâaccĂ©lĂ©rateur et un pied sur le frein. Cette stratĂ©gie va donc altĂ©rer le contrĂŽle moteur du muscle.
Ebonie Rio a également trouvé que le membre non affecté possÚde une inhibition corticale (en comparaison au sportif sain) et semble moins excitable que le cÎté ayant la tendinopathie.
Changement physiologique induit par lâentraĂźnement TNT
La rééducation actuelle vise Ă restaurer les propriĂ©tĂ©s physiologiques des tendons et des muscles en utilisant lâexercice avec diffĂ©rents modes de contractions. Il existe des preuves de lâefficacitĂ© des contractions excentriques seules ainsi que du protocole HSR (= Heavy Slow Resistance) pour amĂ©liorer la douleur et la fonction du tendon dâAchille ainsi que du tendon patellaire. Les protocoles qui incluent un entraĂźnement de force semblent fournir un plus grand stimulus pour le tendon et le muscle.
Cependant, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que les dĂ©ficits de performance musculaire persistent, que ce soit aprĂšs une intervention chirurgicale suivie dâune rééducation ou lors dâune rééducation seule pour une tendinopathie, malgrĂ© des rĂ©sultats cliniques positifs (douleur et fonction).
La prescription actuelle de rééducation pour une tendinopathie se dĂ©crit comme Ă©tant une rééducation «âĂ son propre rythmeâ». Les patients reçoivent des exercices avec des indications de rĂ©pĂ©titions, de sĂ©ries et de charge (tous ces Ă©lĂ©ments sont variables et il nâexiste pas de gold-standard), mais, avec peu de stimulation externe (visuelle ou auditive comme un mĂ©tronome). Ătant donnĂ© le taux Ă©levĂ© de rĂ©cidives de la tendinopathie et les changements moteurs persistants aprĂšs la rééducation, il est possible que la rééducation actuelle ne parvienne pas Ă rĂ©tablir le contrĂŽle corticospinal du (des) complexe(s) muscle-tendon. Il semblerait que ces approches nâabordent que certaines modifications neuromusculaires et musculo-tendineuses de la tendinopathie.

LâentraĂźnement contre rĂ©sistance avec un rythme externe est capable dâinduire des modifications ipsilatĂ©rales et controlatĂ©rales de lâexcitabilitĂ© et de lâinhibition chez les participants sains.
Pour Ă©tudier ce concept dâentraĂźnement TNT dans le cadre de patient ayant une tendinopathie patellaire, deux stratĂ©gies ont Ă©tĂ© testĂ©es sur 4 semaines. Ces deux interventions utilisaient lâentraĂźnement TNT (la combinaison dâun entraĂźnement de force intense et dâune stimulation externe) :
Des contractions isométriques du quadriceps (5x45 sec a 80 % de la contraction isométrique maximale volontaire) ou alors,
Des contractions isotoniques du quadriceps (4x8 rĂ©pĂ©titions avec 3 secondes de concentrique et 4 secondes dâexcentrique).
Lâexercice isomĂ©trique a permis une meilleure analgĂ©sie immĂ©diate et les deux protocoles ont rĂ©duit la douleur de maniĂšre significative Ă 4 semaines. Il nây avait pas de diffĂ©rences entre les deux groupes aprĂšs 4 semaines.
Les tests effectuĂ©s ont montrĂ© que lâintervention TNT, utilisant des contractions musculaires isomĂ©triques ou isotoniques, modifiait lâinhibition corticale.
Tous les athlĂštes ont amĂ©liorĂ© leur inhibition corticale du quadriceps pour ĂȘtre dans la plage normale aprĂšs lâintervention oĂč les valeurs standard (pour ceux qui nâayant pas de tendinopathie patellaire) sont de 50-70 %. Un taux infĂ©rieur Ă 50 % signifie une inhibition corticale accrue.
Cela reprĂ©sente donc un changement physiologiquement important. Il y avait des diffĂ©rences entre le groupe isomĂ©trique et le groupe isotonique. Cependant, les implications cliniques sont limitĂ©es en raison de la petite taille de lâĂ©chantillon.
Protocole de rééducation utilisant la méthode TNT pour la TP
Le protocole suivant est un exemple de protocole incorporant la méthode TNT pour la tendinopathie patellaire.
Les exercices devront suivre une dĂ©marche de remise en charge progressive pour le patient. Lorsque le patient sera en capacitĂ©, il faudra augmenter la charge de 2,5 % comme rĂ©alisĂ©e dans le protocole dâEbonie Rio.
Le protocole comprend deux exercices à contractions isométriques et trois exercices à contractions isotoniques (combinaison de contraction concentrique et excentrique).
Les exercices Ă contractions isotoniques devront se faire Ă lâaide dâun mĂ©tronome qui donnera le tempo des contractions. Le tempo dĂ©fini est de 3 secondes pour la contraction concentrique et 4 secondes pour la contraction excentrique avec 2 minutes de repos entre chaque series. Ce tempo est choisi en lien avec le protocole proposĂ© par Ebonie Rio dans son Ă©tude de 2015 (2).
Les contractions isomĂ©triques se feront quant Ă elles avec des encouragements verbaux ainsi quâune stimulation visuelle oĂč le patient regardera une vidĂ©o dâune personne rĂ©alisant lâexercice quâil est en train de faire. Le tempo, qui sera donnĂ© par la vidĂ©o, est Ă©galement en accord avec lâĂ©tude de 2015 proposĂ© par Ebonie Rio (45 secondes de contractions isomĂ©triques) (2).
Les stimulations auditive et visuelle (vidĂ©o et mĂ©tronome dans ce cas prĂ©sent) ont pour but, comme vu prĂ©cĂ©demment, de stimuler lâadaptation corticospinale.
La contraction isométrique se fera 5 fois pendant 45 secondes à 60° de flexion de genoux avec 2 minutes de repos entre chaque répétition.
Crédits: NeuroXtrain
MVIC= Contraction maximale volontaire isométrique
La tendinopathie patellaire est aussi appelĂ©e Jumperâs Knee de par sa prĂ©sence Ă©levĂ©e chez les athlĂštes participant Ă des sports de sauts (basketball ou volleyball) (3).
En conjonction avec le programme de rééducation ci-dessus il faudra donc Ă©galement incorporer progressivement les sauts. LâĂ©tat de forme de lâathlĂšte pourra ĂȘtre contrĂŽlĂ©e avec le chronic:workload ratio (ACWR) de Tim Gabett. Câest un outil permettant de surveiller la charge dâentraĂźnement de lâathlĂšte qui dans ce cas-lĂ , sera utilisĂ© pour Ă©viter une augmentation trop rapide et trop importante de la charge pouvant mener Ă une nouvelle pathologie de surcharge.
ConclusionÂ
La rééducation utilisant le concept TNT peut ĂȘtre intĂ©ressant, car elle est se base sur le renforcement musculaire qui est connu pour ĂȘtre efficace dans la rééducation des tendinopathies. Cependant en ajoutant seulement un stimulus externe aux exercices proposĂ©s on parviendrait Ă cibler le contrĂŽle corticospinal qui jouerait un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans la rĂ©currence des tendinopathies.
Nouvelle technologieÂ
Les machines HUR sont des appareils de musculations Ă air comprimĂ©. Elles permettent dâajuster prĂ©cisĂ©ment la rĂ©sistance souhaitĂ©e. La machine legs curl de chez HUR permet de travailler unilatĂ©ralement. Elle permet Ă©galement de tester la force isomĂ©trique maximale qui est intĂ©ressante pour reproduire au mieux le protocole prĂ©sentĂ© ci-dessus. On peut aussi ajuster les degrĂ©s de libertĂ© des mouvements, ce qui permet dâaugmenter avec prĂ©cision lâamplitude dâexĂ©cution du mouvement si des amplitudes spĂ©cifiques sont douloureuses pour le patient. Sur les machines HUR la rĂ©sistance est adaptĂ©e en fonction de la force produite, indĂ©pendamment de la vitesse du mouvement.

Crédits: hur.fi
Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©.
Sources:
(1) Rio, E., Kidgell, D., Moseley, G. L., Gaida, J., Docking, S., Purdam, C., & Cook, J. (2016). Tendon neuroplastic training: changing the way we think about tendon rehabilitation: a narrative review. British journal of sports medicine, 50(4), 209â215. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0)
(2) Rio, E., Kidgell, D., Purdam, C., Gaida, J., Moseley, G. L., Pearce, A. J., & Cook, J. (2015). Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy. British journal of sports medicine, 49(19), 1277â1283.
(3) Lian, Ă. B., Engebretsen, L., & Bahr, R. (2005). Prevalence of Jumperâs Knee among Elite Athletes from Different Sports: A Cross-sectional Study. The American Journal of Sports Medicine, 33(4), 561â567.