La rééducation de lâĂ©paule est complexe. Il sâagit dâune articulation possĂ©dant beaucoup de mouvements diffĂ©rents dans une multitude de plans ainsi que dans de nombreuses structures musculaires, tendineuses et ligamentaires. Lorsquâun mouvement nâest pas exĂ©cutĂ© de la bonne maniĂšre ou que la structure est sur sollicitĂ©, les contraintes appliquĂ©es sur lâĂ©paule entrainent donc des lĂ©sions (tendinopathies de la coiffe, conflit subacromial, etc.). Le sport et le mouvement rĂ©alisĂ© par lâathlĂšte sont trĂšs importants Ă prendre en compte. Vous pouvez dâailleurs retrouver notre Grand Format N°1 sur lâĂ©paule chez lâathlĂšte « overhead » afin dây trouver les facteurs de risques, mĂ©canismes de lĂ©sions, adaptations anatomiques de l'Ă©paule chez ce type de sportif. Dans cet article, nous allons nous intĂ©resser plus particuliĂšrement Ă lâimportance de la chaine cinĂ©tique lors de la rééducation de lâĂ©paule.
Quâest-ce que la chaĂźne cinĂ©tique ?
Dans les sports impliquant lâĂ©paule comme gĂ©nĂ©rateur de mouvement, il est important de garder une chose en tĂȘte : le complexe de lâĂ©paule ne travaille jamais en isolation, mais il fait partie intĂ©grante de lâensemble du systĂšme musculosquelettique. Il est donc extrĂȘmement important de considĂ©rer cela pour axer la rééducation.
Le terme chaĂźne cinĂ©tique (CC) fait rĂ©fĂ©rence Ă l'activation sĂ©quentielle spĂ©cifique Ă une tĂąche des segments du corps pendant lâexĂ©cution de mouvement fonctionnel. Une CC efficace gĂ©nĂ©rera, et permettra un transfert d'Ă©nergie mĂ©canique efficace tout au long de la chaĂźne contribuant au mouvement. Une inefficacitĂ© au sein de la chaĂźne Ă nâimporte quel « niveau » a le potentiel d'affecter nĂ©gativement le transfert de force vers les segments adjacents, ce qui peut nĂ©cessiter que d'autres composants de la chaĂźne augmentent leur contribution et activitĂ© pour compenser la perte d'Ă©nergie. Cela a Ă©tĂ© dĂ©crit comme un facteur prĂ©disposant qui augmente le risque de blessure Ă l'Ă©paule et de douleur chez les athlĂštes overhead (type de mouvement lorsque le bras sâĂ©lĂšve au-dessus de la tĂȘte).
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En pratique
Nous allons voir ici donc plusieurs exemples de sports pour lesquels la finalitĂ© du mouvement est un geste utilisant lâĂ©paule. Et grĂące a plusieurs Ă©tudes, nous constatons que mĂȘme si lâon pense que lâessentiel du mouvement se joue au niveau de lâĂ©paule, dâautres structures sont grandement impliquĂ©es :
Au tennis, la jambe et le tronc génÚrent de 50% à 55% de l'énergie cinétique totale requise pour le service.
La stabilité lombo-pelvienne de la hanche et l'activation des muscles fessiers sont des conditions essentielles pour un lancer de baseball efficace.
La réduction de la force d'abduction de la hanche et de l'amplitude des mouvements de la hanche a également été associée à un risque accru de blessure à l'épaule et au coude chez les athlÚtes lanceurs.
De plus, des taux de transfert d'énergie sensiblement plus élevés à travers le complexe de l'épaule ont été observés lors d'un service de tennis chez des joueurs blessés par rapport à leurs homologues non blessés. Les athlÚtes overhead souffrant de blessures aux membres inférieurs semblent également avoir un risque accru de blessures et de douleurs aux membres supérieurs, ainsi que des performances réduites.
La puissance maximale des membres infĂ©rieurs s'est avĂ©rĂ©e ĂȘtre le principal dĂ©terminant de la vitesse de lancer chez les joueurs professionnels de handball et Ă©galement fortement corrĂ©lĂ©e avec la vitesse de nage chez les nageurs de nage libre. De plus, la vitesse maximale de mouvement et la masse musculaire du membre infĂ©rieur auraient Ă©tĂ© corrĂ©lĂ©es de maniĂšre significative avec les performances de lancer de javelot chez les athlĂštes d'Ă©lite.
Nous voyons donc que les performances ne proviennent pas de lâĂ©paule uniquement, mais dâun ensemble musculosquelettique qui travail en synergie pour maximiser la vitesse ou prĂ©cision du mouvement tout en assurant sa sĂ©curitĂ©.
Les exercices d'épaule isolés n'affecte pas forcément les schémas d'activation musculaire pathologiques globaux observés chez les personnes souffrant de blessures à l'épaule. Les exercices d'épaule isolés peuvent remédier aux déficits de force locaux certes, mais les déficits de force locaux ne sont pas définitivement associés aux blessures à l'épaule.
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ActivitĂ© musculaire de lâĂ©paule lors de lâimplication de la jambe ou du complexe lombo-pelvien lors du mouvement
LâĂ©tude de lâajout du mouvement des membres infĂ©rieurs et du tronc dans les exercices dâĂ©paule a influencĂ© lâactivitĂ© sur les EMG (Ă©lĂ©ctromyogramme) et les modĂšles de recrutement autour du complexe dâĂ©paule. Dans lâensemble, les rĂ©sultats suggĂšrent que lâintĂ©gration du travail en CC dans les exercices dâĂ©paule peut amĂ©liorer le recrutement des muscles axioscapulaires, produire des rapports musculaires au niveau des trapĂšzes plus bas et rĂ©duire les demandes sur la coiffe des rotateurs.
La restauration d'un équilibre de la co-activation des muscles axioscapulaires (serratus antérieur + trapÚzes) est considérée comme une composante importante des programmes de rééducation de l'épaule. Un manque d'activité dans le trapÚze inférieur (TI), le trapÚze moyen (TM) et le serratus antérieur (SA) en combinaison avec une activité excessive du trapÚze supérieur (TS) est réguliÚrement décrite. Ainsi, les rapports TS / TI, TS / TM et TS / SA ont été fréquemment évalués dans la littérature, des ratios <1 étant jugés souhaitables.
Les exercices en CC ont systématiquement produit des ratios musculaires TS / TI et TM / TI inférieurs à ceux de leurs homologues nCC (non chaßne cinétique).
La rotation externe debout de l'épaule à 0 degré d'abduction avec l'ajout de la rotation du tronc et de la hanche a produit le rapport TS / TI le plus bas (0,2).
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Cools et al ont conclu que l'Ă©limination de l'effet de la gravitĂ© sur le trapĂšze supĂ©rieur conduisait Ă ces rapports favorables. Cependant, cette infĂ©rence nâexplique pas pourquoi le rapport TS / TI le plus favorable dans lâĂ©tude de Yamauchi et al. a Ă©tĂ© notĂ© pendant la station debout (voir vidĂ©o). L'ajout d'une rotation du tronc et de la hanche, ainsi que le transfert de poids latĂ©ral observĂ© qui a couplĂ© ce mouvement, semble avoir amĂ©liorĂ© le recrutement du trapĂšze infĂ©rieur.
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Reconnaitre les différentes chaßnes cinétiques en fonction des sports : Focus Tennis et Natation
Le travail de chaĂźne cinĂ©tique doit ĂȘtre adaptĂ© au sport de lâathlĂšte le plus rapidement possible afin de normaliser les ratios dâactivitĂ© musculaires dans les mouvements spĂ©cifiques au sport. Pour cela nous allons
faire une brÚve revue des chaßnes cinétiques en fonctions des sports :
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Natation : La prĂ©valence de douleur Ă lâĂ©paule chez les nageurs professionnels a atteint les 91% rĂ©cemment. Un travail en position de pronation allongĂ©e sur table sera Ă privilĂ©gier. Cela permet de rĂ©duire la gravitĂ© comme dans des conditions aquatiques et câest dans cette position que lâathlĂšte opĂšre. Lors de la nage, lâĂ©paule fonctionne avec une coordination du tronc : une rotation et extension au niveau thoracique au moment du « body roll ». Il faudra donc penser Ă intĂ©grer ces composantes lors des exercices en phases finales de rééducation.
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ĂlĂ©vations latĂ©rales en rotation externe dans le plan scapulaire combinĂ© Ă une rotation du tronc en position quadrupĂšde:
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Tennis : Kibler a calculĂ© que 51 % de lâĂ©nergie cinĂ©tique totale et 54 % de la force totale sont dĂ©veloppĂ©s au sein des relations entre jambe/hanche/tronc et peuvent ĂȘtre dĂ©finis comme les gĂ©nĂ©rateurs de force de la chaĂźne cinĂ©tique. Pour produire une force optimale et soulager les contraintes sur lâĂ©paule qui compensera le manque de force des structures distales, dâautres Ă©lĂ©ments sont donc Ă prendre en compte : lors de la phase dâarmĂ©e du service par exemple, le genou avant doit ĂȘtre flĂ©chi Ă plus de 15°.
Selon Van der Hoeven et Kibler, le transfert dâĂ©nergie optimal (plus performant et moins traumatisant) deÌpendrait du timing des rotations du tronc. En lâoccurrence les joueurs blessĂ©s possĂšdent en gĂ©nĂ©ral des timings plus tardifs que leurs homologues sains. Pour ĂȘtre plus prĂ©cis, chez les joueurs blessĂ©s le haut de leur torse se tourne aprĂšs leur pelvis.Â
LâhypotheÌse suivante a donc eÌteÌ Ă©mise : toute perturbation de lâaction dâun segment proximal de la chaiÌne cinĂ©tique causeÌe par un mauvais timing conduirait aÌ augmenter les contraintes meÌcaniques sur les articulations eÌpaule, coude et poignet et aÌ diminuer la vitesse de balle.
Des programmes dâentraiÌnement et des exercices techniques qui deÌveloppent les sensations proprioceptives du tronc et du bras peuvent peut-eÌtre ameÌliorer la maiÌtrise temporelle des rotations de ces segments et atteÌnuer les contraintes articulaires au niveau du membre supĂ©rieur.
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Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©.
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Sources :
Richardson, E., Lewis, J. S., Gibson, J., Morgan, C., Halaki, M., Ginn, K., & Yeowell, G. (2020). Role of the kinetic chain in shoulder rehabilitation: does incorporating the trunk and lower limb into shoulder exercise regimes influence shoulder muscle recruitment patterns? Systematic review of electromyography studies. BMJ open sport & exercise medicine, 6(1), e000683. https://doi.org/10.1136/bmjsem-2019-000683. Article sous licence Creative Commons CC BY NC. 4.0.
De Martino, I., & Rodeo, S. A. (2018). The Swimmer's Shoulder: Multi-directional Instability. Current reviews in musculoskeletal medicine, 11(2), 167â171. https://doi.org/10.1007/s12178-018-9485-0
Caroline Martin. Analyse biomeÌcanique du service au tennis : lien avec la performance et les patholo- gies du membre supeÌrieur. Education. UniversiteÌ Rennes 2, 2013. Français. NNT : 2013REN20042 .