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Revue du modÚle du « continuum » des tendinopathies et ses implications cliniques

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Pour de nombreux cliniciens en charge de rééducation, coach ou athlÚte, la tendinopathie est une pathologie réguliÚrement rencontrée et parfois complexe à traiter.

Mise en ligne le 24 Jan 2021
Mise Ă  jour le 15 Jan 2025
Tendinopathie Tendon
Thibaut

Thibaut

Article rédigé par Thibaut Garçon

Pour de nombreux cliniciens en charge de rééducation, coach ou athlÚte, la tendinopathie est une pathologie réguliÚrement rencontrée et parfois complexe à traiter. Beaucoup de revues scientifiques sont à ce jour accessibles et on peut y retrouver de nombreuses informations sur son fonctionnement ou les traitements disponibles.

L’une des problĂ©matiques les plus difficiles Ă  rĂ©soudre encore aujourd’hui rĂ©side en l’origine exacte d’apparition des tendinopathies et des phĂ©nomĂšnes amenant Ă  un dĂ©rĂšglement structurel, une modification des rĂ©ponses musculo-tendineuse face Ă  des charges de travail (course Ă  pied, charges additionnelles par exemple) et des douleurs. L’origine des tendinopathies est la somme de charges intrinsĂšques et extrinsĂšques et de nombreux modĂšles essayent d’expliquer le rĂ©sultat de l'ensemble de ces contraintes. Il existe des arguments clĂ©s pour et contre toutes ces tentatives d’explications, mais aussi des points communs entre ces thĂ©ories.

Apparition du concept de « continuum »

Le modĂšle du continuum, apparu en 2009, est l’un des nombreux modĂšles de pathoĂ©tiologie (causes d’une maladie ou blessure) des tendinopathies. Ce modĂšle peut ĂȘtre divisĂ© en trois sous-groupes selon l’évĂ©nement principal ou Ă©lĂ©ment clĂ© ayant un impact sur l’architecture tissulaire et la douleur : rupture ou usure du collagĂšne, l’inflammation ou la rĂ©ponse des cellules tendineuses. D’autres modĂšles ont tentĂ© d’intĂ©grer la douleur et le systĂšme nerveux central Ă  la pathologie (Littlewood et al., 2013) (2) mais ne seront pas explorĂ©s dans cet article.

ModĂšle de rupture/usure du collagĂšne

L’hypothĂšse de la rupture du collagĂšne est la plus ancienne et peut-ĂȘtre la plus contestable. En effet les fibres de collagĂšne normales ne peuvent pas se dĂ©chirer in vivo chez l’homme sans association avec une altĂ©ration supplĂ©mentaire du tissu tendineux ne contenant pas de collagĂšne (inclus dans la matrice extra cellulaire). De rĂ©centes publications citent davantage des changements comme des dĂ©formations ou un « relĂąchement » des fibres de collagĂšne.

Sur la base de ce concept Arnoczky et al. (2007) (3) indiquent que les tendinopathies pourraient ĂȘtre dues Ă  une « sous-stimulation » de la cellule tendineuse. Bien que la rupture du collagĂšne ne soit pas l’évĂ©nement principal de la pathologie tendineuse, cette « sous-stimulation » de la cellule tendineuse peut jouer un rĂŽle lorsqu’une atteinte du tendon est dite « dĂ©gĂ©nĂ©rative ». Les rĂ©gions d’un tendon dĂ©gĂ©nĂ©ratif peuvent ĂȘtre mĂ©caniquement silencieuses (c’est-Ă -dire incapable de ressentir et de transmettre une force mĂ©canique Ă  une autre fibre de collagĂšne) et donc potentiellement insensibles Ă  des contraintes en raison de la dĂ©sorganisation fibrillaire. Cette absence de stimulation peut expliquer la rĂ©versibilitĂ© limitĂ©e des atteintes dĂ©gĂ©nĂ©ratives et l’absence de remodelage Ă  la suite d’interventions de rééducation basĂ©es sur des exercices de renforcement musculaire.

ModĂšle inflammatoire

Le rĂŽle de l’inflammation dans les tendinopathies est complexe. Si des cellules inflammatoires ont Ă©tĂ© observĂ©es dans des tendons pathologiques, la rĂ©ponse ne semble pas ĂȘtre une rĂ©ponse inflammatoire traditionnelle. Des augmentations de cytokines inflammatoires ont Ă©tĂ© signalĂ©es en cas d’usure tendineuse cependant, la prĂ©sence de ces substances ne soutient pas nĂ©cessairement l’affirmation selon laquelle l’inflammation est l’évĂ©nement principal ou le facteur clĂ© de la pathologie tendineuse. En effet, l’élĂ©vation des cytokines inflammatoires peut ĂȘtre le rĂ©sultat de l’expression des cellules tendineuses en rĂ©ponse Ă  des stimuli mĂ©caniques normaux. Une cellule tendineuse est mĂ©canosensitive, libĂ©rant des cytokines en rĂ©ponse Ă  une contrainte qui stimulent ensuite un remodelage normal du tendon (dĂ©gradation et synthĂšse).

ModÚle de réponse des cellules du tendon

Les tĂ©nocytes (cellules responsables de la synthĂšse du collagĂšne et de la matrice extra-cellulaire) sont principalement responsables du maintien de l’architecture du tendon en rĂ©ponse aux contraintes extĂ©rieures. Ainsi, les modifications de charge de travail sur le tendon et son milieu biochimique seront dĂ©tectĂ©es par le tĂ©nocyte et entraĂźneront une cascade de rĂ©ponses (activation cellulaire, modifications du type de collagĂšne). Une dysfonction de ces cellules ou une sur activation due Ă  des contraintes trop importantes favoriseraient un mauvais « turnover » entre synthĂšse et dĂ©gradation des Ă©lĂ©ments du tendon entraĂźnant une modification structurale.

Quelle est la relation entre l’architecture tissulaire, la douleur et la fonction ?

En conceptualisant la relation entre la douleur et le changement structurel, des atteintes intratendineuses peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des facteurs de risque d’apparition de tendinopathies douloureuses. Cette notion n’est pas applicable pour toutes situations et est souvent critiquĂ©e, car de nombreux changements structurels n’impliquent pas nĂ©cessairement de douleur (exemple souvent retrouvĂ© lors des examens radiologiques de colonne vertĂ©brale).

Dans certaines prĂ©sentations cliniques, on observe un « hybride » entre des tendinopathies dites « rĂ©actives » (ou aiguĂ« avec une atteinte rĂ©versible des fibres de collagĂšne, un Ă©paississement tendineux et des douleurs) et dĂ©gĂ©nĂ©ratives, car certains tendons peuvent avoir diffĂ©rentes rĂ©gions qui se trouvent Ă  des stades diffĂ©rents de tendinopathie Ă  un moment donnĂ©. Il s’agit de cas cliniques oĂč la partie structurellement saine du tendon peut dĂ©river en rĂ©ponse rĂ©active ou non. Ceci peut ĂȘtre en partie expliquĂ©, car comme expliquĂ© prĂ©cĂ©demment  les parties dĂ©gĂ©nĂ©ratives du tendon semblent mĂ©caniquement silencieuses et structurellement incapables de transmettre mĂ©caniquement une charge de traction aux zones saines, ce qui peut entraĂźner une surcharge dans la partie « normale » du tendon.

Les douleurs tendineuses sont en partie liĂ©es Ă  la fonction, car elles diminuent la force musculaire et le contrĂŽle moteur, ce qui rĂ©duit Ă  son tour la fonction. La fonction est ici dĂ©finie comme la capacitĂ© d’un muscle Ă  gĂ©nĂ©rer de maniĂšre rĂ©pĂ©tĂ©e une force qui permet au tendon de stocker et de libĂ©rer de l’énergie pour un lors de la rĂ©alisation d’un mouvement. Cependant, certaines atteintes de fonction se produisent Ă©galement en prĂ©sence d’une pathologie structurelle sans douleur. Cela met en Ă©vidence l’interaction complexe entre la structure, la douleur et la fonction.

Choisir le traitement le mieux adapté en lien avec le modÚle du continuum

Le modĂšle du continuum suggĂšre que la gestion peut ĂȘtre optimisĂ©e en adaptant les interventions au stade de la pathologie et en ciblant le facteur principal. Bien que l’exercice et la gestion de la charge soient fondamentaux, de nombreuses interventions pour soigner la tendinopathie sont Ă  ce jour connues mais aucun traitement ni protocole ne fait l'unanimitĂ©.

La classification des patients basĂ©e sur la structure, la douleur, le dysfonctionnement et la rĂ©ponse Ă  des charges de travail peut permettre au clinicien d’orienter les traitements appropriĂ©s vers l’une de ces problĂ©matiques.

Interventions ciblant la douleur

L’utilisation de contractions isomĂ©triques peut induire une analgĂ©sie immĂ©diate et rĂ©duire l’inhibition corticale du muscle, ce qui amĂ©liorerait la force. Une rééducation basĂ©e sur un programme de mise en charge progressive est Ă©galement bĂ©nĂ©fique au tendon, au muscle, ainsi qu’au contrĂŽle neuro-moteur du patient ou de l'athlĂšte, ce qui peut conduire Ă  une amĂ©lioration de la fonction.

Si les douleurs persistent, la prise de mĂ©dicaments (anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens) et des injections de cortisones peuvent ĂȘtre indiquĂ©es, mais leurs bĂ©nĂ©fices au long terme restent douteux.

Interventions ciblant la structure

Le modĂšle du continuum permet de comprendre le potentiel du tendon Ă  retrouver une structure normale. Cette situation s’applique uniquement au stade rĂ©actif du modĂšle oĂč il reste possible pour le tendon de retrouver sa structure antĂ©rieure avec une gestion optimale et progressive de la charge de travail et l’utilisation d’exercice visant Ă  retrouver une structure « normale » comme les Ă©tirements ou les contractions excentriques.

Dans la tendinopathie dĂ©gĂ©nĂ©rative, les interventions influençant la structure des tendons sont moins pertinentes, car la pathologie semble avoir une rĂ©versibilitĂ© limitĂ©e. De plus, un tendon pathologique semble compenser efficacement les zones de dĂ©sorganisation en modifiant son architecture pour maintenir des volumes suffisants de fibres de collagĂšne alignĂ©es. À ce stade, les stratĂ©gies de traitement doivent avoir pour but l’optimisation de l’adaptation du tendon dans son ensemble.

Cette vision de traitement peut s’expliquer par le biais de la mĂ©taphore : traiter le donut (zone de structure fibrillaire alignĂ©e), et non le trou (zone de dĂ©sorganisation). Toutefois, mĂȘme un tissu ayant retrouvĂ© une structure saine ne protĂ©gera pas contre de nouveaux Ă©pisodes de tendinopathies aigues. Pour y parvenir, la prise en charge doit mener vers l’amĂ©lioration de la rĂ©sistance face aux contraintes du « donut » par une remise en charge progressive adaptĂ©e et en lien avec la pratique sportive.

Interventions portant sur la fonction

Il existe peu de revues qui Ă©tudient les pertes de fonction dĂ» aux tendinopathies, car la douleur et la structure sont souvent des objectifs d’études jugĂ©s plus pertinents. Dans un premier temps, une bonne prise en charge de la douleur, permet une amĂ©lioration du prognostic des capacitĂ©s fonctionnelles de l’athlĂšte ou du patient. Cependant, un dĂ©ficit de performance musculaire analytique ou de chaĂźne cinĂ©tique globale, ainsi qu’une rĂ©ponse insuffisante du tendon Ă  la charge peut prĂ©disposer le tendon Ă  se blesser Ă  nouveau. L’étude de la fonction est donc un paramĂštre important Ă  analyser et Ă  traiter en cas de dĂ©ficiences. Des recherches supplĂ©mentaires sont nĂ©cessaires pour mieux dĂ©finir les dĂ©ficits fonctionnels associĂ©s aux tendinopathies et mettre au point des outils utiles pour le clinicien.

Conclusion

L’origine d’apparition des tendinopathies reste au centre de nombreux dĂ©bats et thĂ©ories. Comme expliquĂ© dans cet article, il n’existe aucun consensus sur l’origine exacte et plusieurs facteurs semblent rentrer en jeu.

Cependant, avec l’avancĂ©e des donnĂ©es de la littĂ©rature sur des analyses anatomiques en imagerie et en recherche animale, la connaissance de la structure tendineuse en situation pathologique s’est amĂ©liorĂ©e. Le but Ă©tant au thĂ©rapeute d’obtenir des informations cruciales sur l’atteinte rĂ©versible ou non du tendon via l’imagerie, l’interrogatoire ou l’examen clinique. D’autres informations cliniques comme la douleur ou une dysfonction myo-tendineuse oriente notre classification des athlĂštes ou des patients pathologiques et ainsi oriente au mieux notre rééducation. La prise en charge de tendinopathie doit donc ĂȘtre le plus personnalisĂ©e possible au regard des atteintes structurelles dĂ©crites et objectivĂ©es dans le but d’une amĂ©lioration fonctionnelle plus pertinente.

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Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă  titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santĂ©.

 

Sources:

Cook, J. L., Rio, E., Purdam, C. R., & Docking, S. I. (2016). Revisiting the continuum model of tendon pathology: what is its merit in clinical practice and research? British Journal of Sports Medicine, 50(19), 1187–1191 – Article sous Licence Creative Commons 4.0 CC-BY-NC

(2) Littlewood, C., Malliaras, P., Bateman, M., Stace, R., May, S., & Walters, S. (2013). The central nervous system – An additional consideration in ‘rotator cuff tendinopathy’ and a potential basis for understanding response to loaded therapeutic exercise. Manual Therapy, 18(6), 468–472.

(3) Arnoczky, S. P., Lavagnino, M., & Egerbacher, M. (2007). The mechanobiological aetiopathogenesis of tendinopathy: is it the over-stimulation or the under-stimulation of tendon cells? International Journal of Experimental Pathology, 88(4), 217–226.