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La périostite et ses enjeux en rééducation (2021)

// RÉÉDUCATION

Les membres infĂ©rieurs sont le siĂšge de nombreuses pathologies de surutilisation tel que des tendinopathies, des fractures de fatigue ou d’autres atteintes structurelles dues Ă  des contraintes excessives ou inadaptĂ©e Ă  l’athlĂšte.

Mise en ligne le 07 Feb 2021
Mise Ă  jour le 15 Jan 2025
Périostite
Thibaut

Thibaut

Article rédigé par Thibaut Garçon

Les membres infĂ©rieurs sont le siĂšge de nombreuses pathologies de surutilisation tel que des tendinopathies, des fractures de fatigue ou d’autres atteintes structurelles dues Ă  des contraintes excessives ou inadaptĂ©e Ă  l’athlĂšte. Ces traumatismes sont le plus souvent retrouvĂ©s dans des sports possĂ©dant une grande composante de course Ă  pied (en sprint ou en endurance), avec des sauts rĂ©pĂ©tĂ©s ou alors avec des poussĂ©es de charges lourdes comme en musculation lors de squat par exemple.

Dans certaines situations, et notamment au niveau de la zone du tibia, l’excĂšs de charge peut provoquer une inflammation du pĂ©rioste entraĂźnant une pathologie bien connue dans le monde de la course Ă  pied : la « pĂ©riostite ».

La « pĂ©riostite » ou syndrome du stress tibial mĂ©dian (Medial tibial stress syndrome en anglais) est dĂ©fini comme une douleur induite par l’exercice physique notamment lors de la course Ă  pied et Ă  la palpation le long du bord postĂ©ro-mĂ©dial du tibia, certains thĂ©rapeutes dĂ©crivant une sensation de « nodules » palpables le long de cet os. À la palpation, cette sensibilitĂ© est souvent Ă©tendue sur une longueur Ă©gale ou supĂ©rieure Ă  5 cm. On retrouve dans la littĂ©rature un taux d’incidence compris entre 4 et 19 % dans les populations sportives/actives.

La pĂ©riostite est une blessure sportive courante due le plus souvent Ă  une utilisation excessive des muscles de la loge postĂ©rieure de la jambe : le groupe musculaire du triceps sural (gastrocnĂ©miens et solĂ©aire), dans les phases d’appui et de propulsion Ă  la course Ă  pied et qui s’attachent entre autres sur le tibia. Un autre muscle, le tibial postĂ©rieur, peut lui aussi faire l’objet d’une surveillance particuliĂšre lors de suspicion de pĂ©riostite de par ses relations anatomiques Ă©troites avec le bord mĂ©dial du tibia.

Facteurs de risque d’apparition

L’apparition de la pĂ©riostite est le rĂ©sultat d’un surmenage des structures autour de la cheville souvent lors de la course Ă  pied entrainant un dĂ©sĂ©quilibre structurel sur l’ensemble du membre infĂ©rieur.

Dans un premier temps, la cinĂ©matique de la course Ă  pied, dans les phases d’appui et de propulsion, est fortement liĂ©e au dĂ©veloppement de pĂ©riostites. Toutes les articulations des membres infĂ©rieurs peuvent contribuer Ă  l’émergence de cette pathologie si une mauvaise cinĂ©matique y est associĂ©e. L’un des facteurs de risque le plus retrouvĂ© en littĂ©rature est une pronation excessive du pied et semblerait ĂȘtre liĂ© Ă  son dĂ©veloppement. En outre, le stress causĂ© par une pronation excessive Ă  la course peut augmenter les contraintes dans la premiĂšre articulation mĂ©tatarsophalangienne en flexion plantaire ce qui est en lien avec la potentielle faiblesse des muscles responsables du maintien de la voĂ»te plantaire. De plus, cette hyper-pronation peut ĂȘtre associĂ©e Ă  plusieurs modifications biomĂ©caniques compensatoires, parmi lesquelles on retrouve :

  • Un valgus de genou qui accentue une chute du bassin dans le plan frontal Ă  l’appui.

  • Une augmentation du pic de rotation interne de hanche Ă  l’appui.

  • Un affaissement important de l’os naviculaire Ă  l’appui.

  • Une technique de course dite « apropulsive » (avec une absence de dĂ©roulement talon-pointe durant la phase d’appui jusqu’à la propulsion) entrainant une levĂ©e prĂ©coce du talon et une activitĂ© plus importante du tibial postĂ©rieur dans ce schĂ©ma de course qui favoriserait sa surutilisation.

D’autres facteurs de risques sont dĂ©crits comme le genre. En effet, Loudon et Reiman ont observĂ© un « drop » du bassin plus important chez les femmes atteintes de pĂ©riostite par rapport aux hommes pendant la course. Par consĂ©quent, les diffĂ©rences de cinĂ©matique de course entre les hommes et les femmes ont Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©es comme des facteurs Ă  prendre en considĂ©ration, bien que la raison pour laquelle les femmes sont plus Ă  risque de dĂ©velopper cette pathologie reste inconnue. Enfin des facteurs de risques extrinsĂšques peuvent ĂȘtre citĂ©s, comme une augmentation des distances de course chez un athlĂšte et donc une augmentation du volume d’entraĂźnement trop important dans un court laps de temps.

L’ensemble de ces problĂ©matiques doivent Ă  ĂȘtre connue et faire l’objet de stratĂ©gies prĂ©ventives spĂ©cifiques ciblĂ©es en fonction des dĂ©ficits biomĂ©caniques relevĂ©s par le clinicien.

 

Diagnostic

Un diagnostic clinique fiable constitue une base primordiale pour planifier une rééducation et répondre au mieux aux attentes du patient.

Diverses techniques d’imagerie ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es pour voir leur capacitĂ© Ă  identifier les athlĂštes avec et sans pĂ©riostite. Dans de nombreuses Ă©tudes, la prĂ©cision de l’imagerie est souvent infĂ©rieure Ă  celle du diagnostic Ă©tablie par le clinicien. L’imagerie peut ĂȘtre utilisĂ©e Ă  des fins de diagnostic d’exclusion, pour Ă©liminer d’autres entitĂ©s ayant une pathogenĂšse connue (par exemple, les fractures de stress, ou la suspicion d’une autre maladie rare comme l’ostĂ©osarcome, s’il existe un doute sur la source de la douleur dans la partie infĂ©rieure de la jambe).

Il existe un score de suivi valide et fiable, le « MTTS score » regroupant 15 items sur les douleurs/gĂšnes pendant l’activitĂ© physique qui peut servir de point de repĂšre le long d’une rééducation. Il existe une variante sur 4 items seulement et dĂ©veloppĂ©e par Winters et ses collaborateurs en 2015 (2).

 

Traitement

Les objectifs principaux du traitement de la pĂ©riostite sont de soulager la douleur et de permettre aux patients de reprendre la pratique du sport sans gĂȘne. Cependant, le manque actuel de preuves ne permet pas d’établir quelles sont les techniques les plus efficaces.

Nous proposons donc ici des axes de traitement conçus pour un travail plus global de rééducation de la pĂ©riostite. Une attention particuliĂšre doit ĂȘtre portĂ©e sur les Ă©tirements des muscles gastrocnĂ©miens et solĂ©aires au minimum deux fois par jour en phase aiguĂ« du traitement. Lorsque l’on combine ces Ă©tirements avec un port de semelles orthopĂ©diques corrigeant la pronation du pied, certains auteurs observent une rĂ©duction de 50% des niveaux de douleur et de la durĂ©e des symptĂŽmes, en plus d’une meilleure qualitĂ© de vie (Loudon et al,) (3).

Bien que les bĂ©nĂ©fices de l’utilisation d’orthĂšses plantaires restent mĂ©connus, cela suggĂšre qu’une correction de la pronation excessive pourrait ĂȘtre la clĂ©, surtout pour corriger l’affaissement de l’os naviculaire Ă  l’appui. Enfin, des techniques de renforcement progressif du tibial postĂ©rieur ne doivent pas ĂȘtre oubliĂ©es, pour retrouver un Ă©quilibre musculaire et articulaire des os de la cheville et du pied.

Compte tenu de la relation Ă©troite entre la biomĂ©canique de la course et l’incidence des pĂ©riostites, un entraĂźnement spĂ©cifique Ă  la technique de course devrait ĂȘtre abordĂ© avec l’athlĂšte. Il convient Ă©galement de noter que cette rééducation doit ĂȘtre complĂ©tĂ©e par des exercices de force, d’étirements et de contrĂŽle neuromusculaire des muscles du bassin et du genou en lien avec les facteurs de risque prĂ©cĂ©demment dĂ©crits afin de concevoir des protocoles prenant en compte l’ensemble des composantes de la pĂ©riostite. Les muscles solĂ©aires et gastrocnĂ©miens peuvent ĂȘtre travaillĂ©s selon des objectifs de force, mais dans un premier temps en Ă©tirement grĂące Ă  des forces excentriques puis de maniĂšre progressive en concentrique.

D’autres techniques d’intervention comme les thĂ©rapies par onde de choc ne montrent pas de diffĂ©rence significative voir mĂȘme seraient moins intĂ©ressante si elles sont utilisĂ©es seules, mais reprĂ©sentent une alternative Ă  utiliser au cas par cas en fonction des ressentis de l’athlĂšte.

En ce qui concerne les temps de guĂ©rison, des estimations apportĂ©es chez des coureurs novices seraient en moyenne entre 70 et 72 jours. Toutefois, la majoritĂ© des Ă©tudes portant sur les techniques de traitement de la pĂ©riostite ont un niveau de preuve faible, ces informations doivent donc ĂȘtre interpretĂ©es avec prudence.

 

Résumé des stratégies à mettre en place chez le coureur novice

Les coureurs novices n’ont pas Ă  leur disposition les mĂȘmes ressources humaines et techniques (chaussures, coach, mĂ©decin) que les coureurs professionnels pour amĂ©liorer leurs performances. Cette situation souligne la nĂ©cessitĂ© de mettre en Ɠuvre des stratĂ©gies spĂ©cifiques dans cette population afin de rĂ©duire l’incidence des blessures dues Ă  une altĂ©ration de la biomĂ©canique de la course. Trois points clĂ©s semblent essentiels pour ces coureurs :

  • Effectuer une analyse biomĂ©canique des mouvements lors de la course afin d’identifier les facteurs de risque de blessure (possible chez des podologues, kinĂ©sithĂ©rapeutes spĂ©cialisĂ©s).

  • Adopter une technique de course spĂ©cifique Ă  chacun et ainsi amĂ©liorer l’ensemble de la cinĂ©matique. Ne pas nĂ©gliger les exercices de force et de contrĂŽle neuromusculaire.

  • Établir un programme de course progressif avec des temps de rĂ©cupĂ©ration appropriĂ©s, afin de gĂ©rer la douleur et prĂ©venir la rĂ©currence des blessures.

  • Mise en place d’un programme de prĂ©vention.

  

Conclusion

Le bouleversement biomĂ©canique du membre infĂ©rieur lors de course Ă  pied est une composante majeure intervenant lors de pathologie d’usure chez l’athlĂšte novice comme chez l’athlĂšte professionnel. La pĂ©riostite rentre donc dans le lot de ces traumatismes et les traitements actuels les plus efficaces ne sont pas encore forcĂ©ment Ă©tablis

Avoir un Ă©change avec l’athlĂšte sur ses habitudes de course (chaussures utilisĂ©es, type de foulĂ©e, distance effectuĂ©e
) peut orienter notre diagnostic vers certains facteurs de risque et ainsi guider notre rééducation. Retrouver une harmonie correcte de l’arche mĂ©diale du pied provoquĂ©e par une pronation excessive serait l’objectif primordial de rééducation et de la prĂ©vention. La reprise de la course doit se faire de maniĂšre lente et progressive et doit surtout respecter le seuil de douleur. 

Nouvelle technologie

Exogen est une technologie de vĂȘtement de rĂ©sistance que l’athlĂšte peut porter aux diffĂ©rents endroits du corps souhaitĂ©s (Ă©paule, genou, buste) afin d’augmenter le poids de son corps. Le caractĂšre unique d’Exogen est qu’il est permis d’ĂȘtre le plus spĂ©cifique, le plus ajustable, le plus progressif et le plus personnalisable ce qui est un avantage considĂ©rable en cas de pĂ©riotiste. En effet de nombreux ajouts, peuvent ĂȘtre apportĂ© par l’athlĂšte lui permettant d’adopter un type d’entrainement le plus ciblĂ©.

Crédit: movementrevolution.com

Lorsque l’on cherche Ă  amĂ©liorer les composantes de vitesse et de puissance, l’ajout de dĂ©stabilisation interne dĂ» Ă  une charge du poids du corps augmentĂ© permet de travailler en progression sur des contraintes plus importantes et ainsi favoriser une rééducation ou une rĂ©athlĂ©tisation optimale.

Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă  titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l'avis ou la visite d’un professionnel de santĂ©.

Sources

MenĂ©ndez, C., Batalla, L., Prieto, A., RodrĂ­guez, M. Á., Crespo, I., & Olmedillas, H. (2020). Medial Tibial Stress Syndrome in Novice and Recreational Runners: A Systematic Review. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(20), 7457 – Article sous License Creative Common CC-BY 4.

(2) Winters, M., Moen, M. H., Zimmermann, W. O., Lindeboom, R., Weir, A., Backx, F. J. G., & Bakker, E. W. P. (2015). The medial tibial stress syndrome score: a new patient-reported outcome measure. British Journal of Sports Medicine, 50(19), 1192–1199.

(3) Loudon, J. K., & Dolphino, M. R. (2009). Use of Foot Orthoses and Calf Stretching for Individuals With Medial Tibial Stress Syndrome. Foot & Ankle Specialist, 3(1), 15–20.

 

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