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Luxation antĂ©rieure d’épaule: facteurs de risque et options de traitement

// RÉÉDUCATION

Les luxations antérieures de l'épaule sont un problÚme majeur et récurrent chez les sportifs.

Mise en ligne le 28 Jul 2021
Mise Ă  jour le 15 Jan 2025
Luxation Épaule InstabilitĂ©
Clément

Clément

Article rédigé par Clément Boudot 

Les luxations antĂ©rieures de l'Ă©paule sont un problĂšme majeur et rĂ©current chez les sportifs. Un premier Ă©pisode de luxation peut rendre lâ€˜Ă©paule instable de maniĂšre rĂ©currente et la prĂ©dispose Ă  de nouvelles luxations. Le taux d'incidence global des luxations de l'Ă©paule varie entre 23,1 et 23,9 pour 100 000 personnes/an, avec un taux d'incidence plus Ă©levĂ© chez les jeunes hommes (98,3 pour 100 000 personnes/an). Les taux d’instabilitĂ© rĂ©currents rapportĂ©s varient Ă©normĂ©ment et se situe entre 26% et 100%. Olds et al., ont quant Ă  eux montrĂ© que les taux d'instabilitĂ© rĂ©currents 1 an aprĂšs une premiĂšre luxation traumatique antĂ©rieure de l’épaule Ă©taient de 39%.

MalgrĂ© des taux d’instabilitĂ©s rĂ©currents qui diffĂšrent, certains auteurs ont proposĂ© une stabilisation chirurgicale immĂ©diate pour les jeunes athlĂštes aprĂšs un premier Ă©pisode de luxation. Mais ce postulat reste dĂ©battu, d’autres auteurs ont avancĂ© que cela impliquerait une intervention chirurgicale inutile pour ceux qui ne risquent pas de dĂ©velopper une instabilitĂ© future.

Par conséquent, une meilleure prise de décision concernant la stabilisation chirurgicale immédiate au moment de la premiÚre luxation est un objectif primordial pour les patients.

Il est Ă©galement nĂ©cessaire d'identifier les facteurs de risque modifiables d'instabilitĂ© rĂ©currente de l'Ă©paule aprĂšs une premiĂšre luxation traumatique antĂ©rieure de l’épaule afin d’informer au mieux le patient sur la meilleure mĂ©thode Ă  utiliser dans son cas (opĂ©ration vs traitement conservateur).

Facteur prédisposant aux instabilités récurrentes

Il existe des facteurs de risque intrinsĂšques et extrinsĂšques. Les facteurs de risque extrinsĂšques d'instabilitĂ© rĂ©currente de l'Ă©paule comprennent les professions qui impliquent l'utilisation du membre supĂ©rieur au-dessus de leur tĂȘte, les sports de collision ou la surface de jeu.

Les facteurs de risque intrinsĂšques comprennent l'hypermobilitĂ© et l’ñge (plus jeune). Certains facteurs de risque intrinsĂšques peuvent ĂȘtre le rĂ©sultat de dommages pathologiques survenus lors d'une luxation (ex: lĂ©sion de Bankart, consiste en une avulsion du labrum antĂ©ro-infĂ©rieur associĂ©e Ă  une rupture du pĂ©rioste).

Olds et al., ont constatĂ© que les hommes prĂ©sentaient un risque accru de rĂ©cidive par rapport aux femmes. Il peut y avoir une interaction entre le sexe et d'autres facteurs de risque tels que les facteurs neuromusculaires ou le mĂ©canisme de la blessure. Par exemple, les hommes peuvent ĂȘtre plus susceptibles de subir un Ă©vĂ©nement d'instabilitĂ© lors d'un contact avec un adversaire lors de sa pratique sportive. Cependant, il peut exister un biais de sexe et de nombreux sports de collision traditionnels ont modifiĂ© leurs rĂšgles dans la version fĂ©minine.

Toutes les Ă©tudes incluses dans la revue de Olds et al., ont trouvĂ© que l'Ăąge Ă©galement Ă©tait associĂ© Ă  une instabilitĂ© rĂ©currente. Les personnes ĂągĂ©es de 40 ans et moins Ă©taient 13 fois plus susceptibles de souffrir d'instabilitĂ© rĂ©currente, par rapport aux personnes ĂągĂ©es de plus de 40 ans. Cela peut ĂȘtre dĂ» Ă  des diffĂ©rences dans les propriĂ©tĂ©s biomĂ©caniques, le type de fibres de collagĂšne, l'Ă©lasticitĂ© de la capsule ou les changements de niveau d'activitĂ© en fonction de l’ñge. Il se peut aussi que l’activitĂ© sportive au-delĂ  de 40 ans diminue rendant les patients moins susceptibles aux luxations traumatiques antĂ©rieures.

Certains auteurs ont quant Ă  eux regroupĂ© l'activitĂ© sportive comme mĂ©canisme de blessure alors qu'il aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© plus judicieux de dĂ©crire le mĂ©canisme de blessure en lui-mĂȘme, comme par exemple, la force imposĂ©e par un contact physique.

Olds et al., n’ont pas retrouvĂ© d’association entre le fait de dĂ©velopper une instabilitĂ© rĂ©currente et le fait jouer Ă  des sports de contact ou de rĂ©aliser un RTP rapide aprĂšs une premiĂšre luxation glĂ©no-humĂ©rale.

D'autres auteurs ont proposĂ© que les lĂ©sions qui impliquent le labrum glĂ©noĂŻdal entraĂźnent des taux accrus d'instabilitĂ© rĂ©currente. Olds et al., ont constatĂ© une tendance Ă  l'augmentation du risque d'instabilitĂ© rĂ©currente chez les personnes prĂ©sentant une lĂ©sion de Hill Sachs (fracture bord postĂ©ro-latĂ©ral de la tĂȘte humĂ©rale).

D'autres études prospectives sont nécessaires afin de déterminer si la taille (gravité) d'une lésion de Hill Sachs à un impact sur l'instabilité récurrente.

Robinson et al., ont suivi des participants pendant 6 semaines aprĂšs une premiĂšre luxation antĂ©rieure traumatique de l'Ă©paule et ont signalĂ© un risque accru de rĂ©cidive en prĂ©sence d'une fracture du rebord glĂ©noĂŻdal (risque relatif = 7,0) et lors d’une prĂ©sence d'une lĂ©sion de Hill Sachs avec une fracture du rebord glĂ©noĂŻdal (risque relatif = 33,5).

Également, les personnes ayant une hyperlaxitĂ© ont Ă©tĂ© reconnues comme ayant 3 fois plus de risque d’instabilitĂ© rĂ©currente aprĂšs un premier Ă©pisode de luxation traumatique antĂ©rieure de l’épaule.

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Il est intéressant de noter l'effet protecteur que certaines variables pathologiques ont eu sur l'instabilité récurrente. Olds et al., ont constaté que la présence d'une fracture de la tubérosité majeure diminuait de plus de 7 fois le taux d'instabilité récurrente. Kralinger et al. ont postulé que cela était dû à une diminution de l'amplitude de la rotation externe en abduction, car les personnes ayant une perte de rotation externe en position neutre présentaient un risque réduit de récidive.

De mĂȘme, une paralysie du nerf axillaire n'affecte pas l'intĂ©gritĂ© structurelle de l'articulation, et il a Ă©galement Ă©tĂ© constatĂ© que cette lĂ©sion diminuait le risque d'instabilitĂ© rĂ©currente. De plus, les fractures tubulaires et les paralysies axillaires entraĂźnent toutes deux une diminution des mouvements du membre pendant une pĂ©riode significative, ce qui peut augmenter la force de la rĂ©paration anatomique et limiter l'exposition Ă  des positions de luxation Ă  haut risque telles que l'abduction/rotation externe.

Algorithme décisionnel et traitement envisageable?

La prise en charge initiale de l'instabilitĂ© aiguĂ« de l'Ă©paule dĂ©pend d'une multitude de facteurs. La prise en charge aiguĂ« doit toujours consister en une rĂ©duction manuelle (si nĂ©cessaire) aprĂšs confirmation d'une luxation. La durĂ©e exacte de la pĂ©riode initiale d'immobilisation reste dĂ©battue. La prise en charge aiguĂ« (par exemple, une prise en charge bord de terrain) consiste en une immobilisation en Ă©charpe et attendre une Ă©valuation complĂšte jusqu’au RTP.

Owens et al., ont précédemment proposé un algorithme pour aider à guider la gestion de l'instabilité traumatique de l'épaule antérieure à la mi-saison chez les athlÚtes de haut niveau. Les auteurs ont suggéré un ensemble de facteurs cliniques et spécifiques au sport qui pourraient servir à guider la gestion de l'instabilité chez les athlÚtes.

Les indications relatives à la prise en charge non chirurgicale de l'instabilité traumatique antérieure de l'épaule sont les suivantes:

  • PremiĂšre luxation.

  • DĂ©fauts osseux de la glĂšne infĂ©rieurs Ă  25 %.

  • DĂ©fauts de la tĂȘte humĂ©rale (ex: Hill-Sachs) infĂ©rieurs Ă  25 %.

Owen et al., ont suggĂ©rĂ© que les athlĂštes qui dĂ©sirent reprendre rapidement le sport en cours de saison peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă  privilĂ©gier une prise en charge non chirurgicale.

Également, les athlĂštes peuvent opter pour un traitement conservateur Ă  la place d’une opĂ©ration s’ils pratiquent un sport sans contact, ou un sport qui ne requiert pas l’utilisation du bras au-dessus de tĂȘte, ou qui n’est pas un sport de lancer.

Lorsque l’épaule n’est plus instable pendant les matchs grĂące aux straps et que l’athlĂšte est capable d'effectuer des exercices spĂ©cifiques au sport sans instabilitĂ©, Owens et al., ne prĂ©conisent pas d’opĂ©ration en premiĂšre intention.

En revanche, la prise en charge chirurgicale sera préconisée plus tÎt dans le parcours de soins si le patient répond à l'un des critÚres suivants:

  • Des lĂ©sions associĂ©es sont prĂ©sentes :

    • DĂ©chirure de la coiffe des rotateurs (par exemple, >50%)

    • Grandes lĂ©sions osseuses de Bankart ; dĂ©fauts glĂ©noĂŻdiens supĂ©rieurs Ă  25 %.

    • LĂ©sions de la tĂȘte humĂ©rale contribuant Ă  une instabilitĂ© rĂ©currente (plus de 25% ; lĂ©sion de Hill-Sachs engageante)

    • Fracture de l'humĂ©rus proximal nĂ©cessitant une intervention chirurgicale.

    • Luxation irrĂ©ductible.

Il existe d’autres indications chirurgicales relatives lorsque qu’il existe une pathologie primaire des tissus mous et:

  • Une instabilitĂ© rĂ©currente est constatĂ©e lors du retour au jeu.

  • L'athlĂšte est incapable de tolĂ©rer une attelle ou une restriction de l'Ă©

  • IncapacitĂ© Ă  revenir au niveau de performance de base aprĂšs un rĂ©gime de traitement initial consistant en une brĂšve immobilisation, une amplitude complĂšte Ă  l'examen, un protocole de renforcement, un entraĂźnement spĂ©cifique au sport supervisĂ© et une tentative de tape/strap lors du retour au jeu.

  • Le joueur est en fin de saison ou en pĂ©riode d'intersaison et demande une intervention chirurgicale plus prĂ©

Les athlĂštes se luxant l’épaule pour la premiĂšre fois et ĂągĂ©es de moins de 20 ans, les athlĂštes overhead, et/ou les athlĂštes pratiquant des sports de contacts peuvent ĂȘtre une indication Ă  la chirurgie.

Plusieurs opĂ©rations peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©es, cependant la plus commune d’entre elles est la rĂ©paration arthroscopique de Bankart. Dans le cadre d'une pathologie essentiellement constituĂ©e de tissus mous, la technique chirurgicale vise Ă  rĂ©parer et Ă  replacer le complexe capsulolabral dĂ©tachĂ© de son emplacement anatomique. Ainsi, le chirurgien vise Ă  restaurer la capacitĂ© de retenue statique de la bande antĂ©rieure du ligament glĂ©no-humĂ©rale infĂ©rieur. Divers dispositifs d'ancrage de suture permettent une rĂ©paration anatomique du labrum, et les techniques comprennent souvent une plicature capsulaire pour traiter les structures capsulaires pathologiquement laxes. Ce concept devient encore plus important dans le cadre des cas d'instabilitĂ© chronique.

Une Ă©tude de 2017 a rapportĂ© les tendances chirurgicales de la prise en charge entre 2008 et 2012. Les procĂ©dures de stabilisation arthroscopique sont rĂ©alisĂ©es Ă  un taux supĂ©rieur Ă  90% pour gĂ©rer l'instabilitĂ© antĂ©rieure de l'Ă©paule, les taux annuels augmentant chaque annĂ©e pendant la pĂ©riode d’étude.

Traditionnellement, les rĂ©parations de Bankart Ă  ciel ouvert offraient de bons Ă  excellents rĂ©sultats avec un risque minimal de nouvelles luxations (environ 2 %) dans le cadre de cas d'instabilitĂ© osseuse minimale et principalement de tissus mous. Les procĂ©dures arthroscopiques offrent thĂ©oriquement les avantages d’une meilleure amplitude de mouvement, d'une diminution de la morbiditĂ©, permet d’éviter la tĂ©notomie du sous-scapulaire et de la capacitĂ© Ă  traiter une pathologie intra-articulaire concomitante. Également des Ă©tudes semblent montrer un retour plus rapide Ă  la force musculaire prĂ©opĂ©ratoire.

Découvrez notre échange avec le chirurgien orthopédiste spécialisé dans l'épaule, le Dr. GODENÈCHE Arnaud du centre orthopédique SANTY à Lyon: 

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Crédits image: media3.swims.store

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Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă  titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santĂ©.

Sources

Olds, M., Ellis, R., Donaldson, K., Parmar, P., & Kersten, P. (2015). Risk factors which predispose first-time traumatic anterior shoulder dislocations to recurrent instability in adults: a systematic review and meta-analysis. British journal of sports medicine, 49(14), 913–922. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0).

Varacallo, M., Musto, M. A., & Mair, S. D. (2021). Anterior Shoulder Instability. In StatPearls. StatPearls Publishing. Article sous Creative Commons Attribution license (CC-BY 4.0).