Article rĂ©digĂ© par Thibaut GarçonÂ
La douleur Ă l'Ă©paule est la troisiĂšme affectation musculo-squelettique la plus frĂ©quente pouvant entraĂźner une invaliditĂ© (perte de force, perte de mobilitĂ©, etc, ayant un impact dans la vie quotidienne et sportive de lâathlĂšte). La prĂ©valence de la douleur Ă l'Ă©paule se situe entre 7 et 27 % dans la population gĂ©nĂ©rale et est encore plus Ă©levĂ©e dans les populations sportives qui pratiquent une activitĂ© dite « overhead » (tennis, volley, handball par exemple), oĂč elle peut atteindre 36 Ă 66 %.
Le diagnostic le plus courant de la douleur de l'Ă©paule est le syndrome douloureux sous-acromial (Subacromial Pain Syndrome en Anglais), le plus souvent appelĂ© «conflit sous acromial». La prĂ©valence de ces douleurs a Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e comme Ă©tant de 36 Ă 48% de tous les types de douleurs d'Ă©paules. Traditionnellement, on pensait que ce syndrome pouvait avoir une Ă©tiologie purement mĂ©canique, oĂč les symptĂŽmes Ă©taient causĂ©s par le « choc » des structures sous-acromiales contre la face infĂ©rieure de l'acromion par la rĂ©duction de l'espace sous-acromial. Le diagnostic Ă©tait donc posĂ© sur la base des caractĂ©ristiques cliniques de l'examen physique avec des tests tels quâune provocation de la douleur Ă l'abduction de l'Ă©paule, des tests positifs du test de Hawkin, de Neer ou de lâ « Empty can Test ».
Cependant, les recherches et les discussions actuelles remettent fortement en question lâaspect purement mĂ©canique de lâapparition de ces douleurs et de lâimportance de la distance sous-acromiale. Dans cet article nous verrons donc les principales techniques de rééducation actuelles et de nouvelles approches de la douleur dans le cadre de cette pathologie.

Exercice excentrique (1)
Dans une mĂ©ta-analyse de 2019, Larsson et ses collaborateurs suggĂšrent que l'exercice excentrique peut fournir une faible rĂ©duction de la douleur par rapport Ă d'autres types dâexercices ou de mode de renforcement, mais probablement sans signification clinique importante. Attention, il nâest pas systĂ©matique de constater une rĂ©duction des symptĂŽmes, les auteurs sâaccordent Ă dire que son utilisation peut ne pas entraĂźner de rĂ©duction de la douleur (Ă moyen et long terme notamment). Il n'est pas certain que l'exercice excentrique amĂ©liore la fonction plus que les autres types d'exercice aprĂšs le traitement et le suivi Ă moyen ou long terme chez les patients atteints du syndrome de conflit sous-acromial.
En revanche, lâutilisation dâexercice Ă modalitĂ© excentrique nâest pas considĂ©rĂ©e comme « dangereuse » (dans lâutilisation de charge lourde, dans lâexĂ©cution des gestes) et les conclusions de ce travail ne rapportent pas dâeffet nĂ©gatif Ă son utilisation (dans les douleurs ou le ressenti post-exercice).
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Stabilisation scapulaire (2)
Les rĂ©sultats prĂ©sentĂ©s ci-aprĂšs sont eux issus dâune revue systĂ©matique de Ravichandran et ses collaborateurs (2020), dont le travail apporte comme conclusion :
Sur la douleur, lâutilisation dâun programme de renforcement ciblĂ© sur lâactivation et le contrĂŽle scapulaire ainsi que les rĂ©sultats analysĂ©s peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme cliniquement pertinents. Le renforcement des stabilisateurs scapulaires, pourrait permettre de stabiliser la tĂȘte humĂ©rale dans la fosse glĂ©noĂŻde tout en maintenant un espace sous acromial le plus mobile en limitant les possibles terrains de « conflit ».
Les exercices de stabilisation de la scapula amĂ©liorent la force musculaire, le contrĂŽle moteur, le schĂ©ma de mouvement, la perception de la position de l'articulation et rĂ©duisent l'invaliditĂ© en termes d'indice de douleur et le score du Western Ontario Rotator Cuff Index (questionnaire de ressenti de lâimpact de la pathologie sur les douleurs, la pratique sportive, le travail et les loisirs). Lâaugmentation de la force musculaire, la perception de la position de l'articulation et le repositionnement scapulaire sembleraient permettre de rĂ©tablir un rythme scapulaire normal et donc de rĂ©duire les consĂ©quences nĂ©fastes en termes de douleurs et dâutilisation de lâĂ©paule dans la vie de tous les jours. L'auteur propose Ă©galement de renforcer les groupes musculaires cruciaux pour assurer un contrĂŽle biomĂ©canique correct des mouvements scapulaires : (liste non exhaustive, lâensemble des groupes musculaires qui semblent pertinents Ă renforcer)
TrapĂšze
Dentelé antérieur
Supra épineux
Infra épineux
Petit rond
RhomboĂŻde
Les conclusions de cette revue nous renseignent sur le fait quâune faiblesse scapulo-thoracique pouvait ĂȘtre une cause du syndrome de douleur sous-acromiale. Par consĂ©quent, les programmes d'exercices de stabilisation scapulaire peuvent ĂȘtre utilisĂ©s comme partie intĂ©grante des modalitĂ©s d'intervention thĂ©rapeutique visant Ă rĂ©duire la douleur et les invaliditĂ©s (douleur, force, contrĂŽle moteur, mobilitĂ©âŠ) chez les sujets atteints de douleur de type « conflit » sous-acromial.
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Exercices ciblés ou exercices généraux, quelle modalité choisir ? (3)
Dans le cadre dâune rééducation pour des douleurs sous acromiales, diffĂ©rentes stratĂ©gies comme dĂ©crites prĂ©cĂ©demment peuvent ĂȘtre mise en place. Cependant, de façon globale, 2 grandes modalitĂ©s se dĂ©gagent et regroupe une grande partie des exercices de rééducation :
des exercices ciblĂ©s : de type coiffe des rotateurs, proprioception, maintien scapulaireâŠ
des exercices « gĂ©nĂ©raux » : renforcement musculaire global de type pompe, burpees, gainage,âŠ
Dans une mĂ©ta-analyse de 2017, Shire et ses collaborateurs ont essayĂ© de comprendre si lâune des 2 mĂ©thodes pouvait ĂȘtre la plus efficace. Les rĂ©sultats qualitatifs de cette revue suggĂšrent qu'il n'y a pas de preuves significatives pour soutenir l'utilisation d'exercices spĂ©cifiques par rapport aux exercices gĂ©nĂ©raux dans les programmes de rééducation visant Ă ĂȘtre un traitement efficace contre la douleur, la fonction, les amplitudes articulaires et de la force chez des patients prĂ©sentant des symptĂŽmes. En outre, aucune recommandation sur la nature des exercices, la frĂ©quence, la dose et l'intensitĂ© ne peut ĂȘtre faite. Il est recommandĂ© dâassocier les diffĂ©rentes modalitĂ©s dâexercices en fonction de lâavancĂ©e de la rééducation et de la symptomatologie du patient ou de lâathlĂšte, de planifier des sĂ©ances spĂ©cifiques avec des sĂ©ances plus globales.

Relation entre distance sous-acromiale et douleur de lâĂ©paule (4)
RĂ©cemment, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© quâil nây avait aucune diffĂ©rence entre la distance acromio-humĂ©rale, mesurĂ©e Ă 0°, 45° et 60° d'abduction de l'Ă©paule, entre des participants atteints de douleurs de type « conflit » sous acromiales et des patients sans douleur Ă l'Ă©paule. Ce rĂ©sultat Ă©tait retrouvĂ© que ce soit dans des populations sportives et gĂ©nĂ©rales. Seule la mesure Ă 0° d'abduction de l'Ă©paule Ă©tait marginalement plus Ă©levĂ©e chez les participants atteints par ces douleurs dâĂ©paule par rapport aux tĂ©moins sans douleur Ă lâĂ©paule.
L'absence de diffĂ©rence dans l'espace sous-acromial entre les participants prĂ©sentant des douleurs sous-acromiales et dâautres sans douleur indique une probabilitĂ© rĂ©duite de provocation de la douleur due Ă un empiĂštement de lâespace sous-acromial. En effet si ces douleurs Ă©taient provoquĂ©es par la compression des structures dans l'espace sous-acromial, on s'attendrait Ă une rĂ©duction de la distance entre lâhumĂ©rus et lâacromion. Ceci est cohĂ©rent avec une revue systĂ©matique rĂ©cente qui nous explique que l'intervention chirurgicale visant Ă augmenter l'espace sous-acromial n'offre pas d'avantages supplĂ©mentaires importants par rapport Ă la chirurgie placebo ou par une rééducation avec des exercices.
Cependant, comme mentionnĂ© plus haut, on peut retrouver dans certaines positions dâabduction une distance plus faible entre lâacromion et lâhumĂ©rus dans des populations souffrant de douleurs sous-acromiales par rapport aux contrĂŽles sans douleur Ă l'Ă©paule. Ce rĂ©sultat suggĂšre que des tissus mous dans cet espace peuvent Ă©galement ĂȘtre importants dans le dĂ©veloppement de douleur sous-acromiale (tendon du muscle supra-Ă©pineux entre autres).
Les conclusions gĂ©nĂ©rales de cette revue systĂ©matique suggĂšrent ainsi que les cliniciens et les chercheurs doivent se concentrer sur d'autres facteurs biopsychologiques qui peuvent ĂȘtre plus pertinents (incluant la santĂ© mentale et Ă©motionnelle, souvent retrouvĂ©e dans les douleurs chroniques de lâĂ©paule). De plus, comme expliquĂ© dans les parties prĂ©cĂ©dentes la faiblesse des muscles de la coiffe des rotateurs et de l'omoplate a Ă©tĂ© observĂ©e dans de nombreuses Ă©tudes et de nombreuses revues systĂ©matiques expliquent lâimportance des exercices de renforcement de la coiffe des rotateurs et des muscles scapulaires pour la douleur ou encore la force chez les participants atteints par ces douleurs dâĂ©paule.
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Conclusion
Lâensemble des rĂ©sultats dĂ©crits dans cet article remettent en question la thĂ©orie prĂ©cĂ©demment Ă©tablie des douleurs sous-acromiales de lâĂ©paule rĂ©sultant d'une Ă©tiologie purement mĂ©canique. En effet, aucune diffĂ©rence ou relation dans l'espace sous-acromial n'a Ă©tĂ© trouvĂ©e entre les groupes, mĂȘme lorsque des amĂ©liorations dans les rĂ©sultats rapportĂ©s par les patients ont Ă©tĂ© trouvĂ©es aprĂšs des interventions. Les nouvelles avancĂ©es en matiĂšre de neurophysiologie de la douleur montrent quâil est difficile dâexpliquer la douleur simplement par une entitĂ© anatomique prĂ©cise, et quâil est temps de visualiser la provocation de la douleur comme un mĂ©canisme individuel et complexe.
Les conclusions établies ici peuvent donc guider la prise en charge des patients atteints de douleurs sous-acromiales, car les résultats suggÚrent que la prise en charge ne devrait pas se concentrer uniquement sur la réduction potentielle de l'espace sous-acromial, mais sur l'importance d'autres facteurs biopsychosociaux et musculaires plus généraux.
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Nouvelle technologie
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Crédits image: be-bo.ch
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Cet appareil est de plus en plus utilisĂ© pour de la rĂ©cupĂ©ration post-activitĂ© physique du fait de sa simplicitĂ© dâutilisation et dâun maintien du froid sur la durĂ©e et maniĂšre locale et prĂ©cise.
Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©.
Sources
(1) Larsson, R., Bernhardsson, S., & Nordeman, L. (2019). Effects of eccentric exercise in patients with subacromial impingement syndrome : a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskeletal Disorders, 20(1) - Article sous License Creative Commons 4.0
(2) Ravichandran, H., Janakiraman, B., Gelaw, A. Y., Fisseha, B., Sundaram, S., & Sharma, H. R. (2020). Effect of scapular stabilization exercise program in patients with subacromial impingement syndrome : a systematic review. Journal of Exercise Rehabilitation, 16(3), 216â226 - Article sous License Creative Commons BY-NC 4.0
(3) Shire, A. R., StĂŠhr, T. A. B., Overby, J. B., Bastholm Dahl, M., Sandell Jacobsen, J., & HĂžyrup Christiansen, D. (2017). Specific or general exercise strategy for subacromial impingement syndromeâdoes it matter ? A systematic literature review and meta analysis. BMC Musculoskeletal Disorders, 18(1) - Article sous License Creative Commons BY 4.0
(4) Park, S. W., Chen, Y. T., Thompson, L., Kjoenoe, A., Juul-Kristensen, B., Cavalheri, V., & McKenna, L. (2020). No relationship between the acromiohumeral distance and pain in adults with subacromial pain syndrome : a systematic review and meta-analysis. Scientific Reports, 10(1) - Article sous License Creative Commons BY 4.0