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L’utilisation du squat en kiné : un exercice fondamental

// RÉÉDUCATION

Le squat est probablement l’un des exercices les plus utilisés en rééducation et en préparation physique.

Mise en ligne le 23 Jun 2026
Mise Ă  jour le 23 Jun 2026
Squat
Nathan

Nathan

Un exercice fonctionnel au cœur de la rééducation

Le squat est probablement l’un des exercices les plus utilisés en rééducation et en préparation physique. Longtemps considéré uniquement comme un mouvement de renforcement des membres inférieurs, il est aujourd’hui vu comme un exercice global permettant de travailler simultanément la force, le contrôle moteur, la coordination intermusculaire et la tolérance progressive des tissus aux contraintes mécaniques.

Son intérêt repose notamment sur son caractère hautement fonctionnel. Le squat reproduit des mouvements du quotidien comme s’asseoir, se relever, monter des escaliers ou absorber des contraintes lors des déplacements. En rééducation, il constitue donc un excellent pont entre le travail analytique et les exigences fonctionnelles du patient ou du sportif.

Biomécanique et activation musculaire

Sur le plan biomécanique, le squat sollicite principalement les quadriceps, les fessiers et les extenseurs du tronc, tout en impliquant également les ischio-jambiers, les adducteurs et les muscles stabilisateurs du rachis. L’activation musculaire varie selon plusieurs paramètres comme la profondeur, la largeur d’appui, l’inclinaison du tronc ou encore la position de la charge.

Les études EMG montrent notamment qu’une augmentation de la profondeur du squat tend à accroître la sollicitation des fessiers et des quadriceps tout en augmentant les contraintes mécaniques sur les articulations du membre inférieur. 

Contrairement à certaines idées reçues encore très répandues, les données scientifiques récentes montrent que le squat n’est pas “mauvais pour les genoux” lorsqu’il est correctement dosé et adapté. Les contraintes articulaires augmentent effectivement avec la profondeur et la charge, mais ces contraintes représentent également un stimulus mécanique essentiel à l’adaptation des tissus. En réalité, l’absence totale de contrainte est souvent plus problématique que la contrainte progressive elle-même.

Le squat dans les pathologies du genou

Dans les pathologies fémoro-patellaires, le squat constitue aujourd’hui un exercice central de la rééducation. Les versions partielles permettent initialement de limiter les contraintes compressives tout en renforçant progressivement le quadriceps et les fessiers. À mesure que la tolérance augmente, la profondeur et la charge peuvent être progressivement réintroduites. Cette exposition graduelle semble particulièrement importante pour améliorer la capacité du genou à tolérer les activités du quotidien et du sport. 

Après reconstruction du ligament croisé antérieur, le squat est également largement utilisé car il permet un travail fonctionnel du membre inférieur tout en contrôlant relativement bien les contraintes sur le greffon selon l’amplitude utilisée. Les variantes bilatérales sont souvent introduites précocement avant une progression vers des versions unilatérales, plus exigeantes sur le plan neuromusculaire et du contrôle frontal. 

Intérêt pour la hanche et le tronc

Le squat présente aussi un intérêt important dans les problématiques de hanche. Les études montrent que cet exercice permet une forte activation du grand fessier et des muscles stabilisateurs du bassin, particulièrement lorsque la profondeur augmente ou lorsque certaines variantes unilatérales sont utilisées. Cela explique son utilisation fréquente dans les déficits de contrôle lombo-pelvien, les tendinopathies glutéales ou encore certaines douleurs de hanche chez le sportif.

En rééducation rachidienne, le squat est également intéressant car il permet un travail intégré de gainage et de contrôle du tronc. Les muscles érecteurs du rachis et les stabilisateurs profonds doivent contrôler les variations de charge et maintenir l’alignement du rachis pendant le mouvement. Les variantes comme le goblet squat ou le front squat augmentent notamment les exigences de stabilisation antérieure et de contrôle postural.

Variantes, progressions et individualisation

L’un des grands intérêts du squat réside dans ses possibilités quasi infinies de régression et de progression. En début de rééducation, des variantes simples comme le sit-to-stand ou le box squat permettent de réduire les contraintes et de rassurer le patient. À l’inverse, des variantes plus avancées comme le split squat, le Bulgarian squat ou les squats chargés permettent d’augmenter progressivement les exigences mécaniques, proprioceptives et fonctionnelles.

Le Spanish squat est également devenu une variante très utilisée en rééducation, notamment dans les douleurs fémoro-patellaires et les tendinopathies patellaires. Grâce à la sangle placée derrière les genoux, cette variante permet d’augmenter fortement le travail du quadriceps tout en maintenant un tronc relativement vertical. Elle semble intéressante pour charger le tendon patellaire et le quadriceps avec parfois une meilleure tolérance douloureuse chez certains patients. Son utilisation est particulièrement pertinente dans les phases de réathlétisation ou lors du travail isométrique antalgique.

Lefront squatprésente également un intérêt important en rééducation. La position antérieure de la charge favorise un tronc plus vertical, ce qui modifie les contraintes biomécaniques par rapport au back squat classique. Cette variante augmente généralement davantage les exigences de gainage antérieur et le travail des quadriceps tout en limitant l’inclinaison du tronc et certaines contraintes lombaires chez certains patients. Le front squat est souvent intéressant chez les sportifs nécessitant un bon contrôle lombo-pelvien ou chez les patients chez qui l’on souhaite limiter les compensations de hanche et de rachis. Il peut aussi représenter une alternative pertinente chez les personnes ayant des douleurs lombaires ou des difficultés de mobilité d’épaule limitant le back squat traditionnel.

Le tempo constitue également une variable importante. Les squats lents augmentent le temps sous tension et le contrôle moteur, tandis que les variantes explosives permettent davantage de travailler la puissance et la capacité d’absorption des contraintes. Cette adaptabilité explique pourquoi le squat peut être utilisé aussi bien chez des patients âgés en perte de fonction que chez des sportifs de haut niveau.

La littérature récente insiste également sur l’importance de l’individualisation technique. Il n’existe probablement pas un “squat parfait” universel. La morphologie, la mobilité de cheville, la longueur des segments, les antécédents du patient et les objectifs fonctionnels influencent naturellement la stratégie motrice adoptée. Chercher à imposer une technique unique à tous les patients n’est donc pas toujours pertinent.

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Gestion de la douleur et approche moderne

Concernant la douleur, les approches modernes tendent à accepter une certaine symptomatologie tolérable pendant les exercices. Une douleur légère à modérée pendant le squat n’est pas forcément délétère si les symptômes restent contrôlés et récupèrent correctement après l’effort. Cette approche permet souvent d’éviter les comportements d’évitement et favorise une meilleure réadaptation mécanique des tissus.

Finalement, le squat ne doit pas être vu uniquement comme un exercice de “musculation”, mais comme un outil extrêmement polyvalent permettant de restaurer progressivement la fonction, la capacité de charge et le contrôle moteur. Son intérêt en rééducation repose autant sur ses effets biomécaniques que sur sa forte transférabilité vers les activités du quotidien et les exigences sportives.

Sources scientifiques

  • Schoenfeld BJ. Squatting kinematics and kinetics and their application to exercise performance. Journal of Strength and Conditioning Research.
  • Escamilla RF. Biomechanics of the squat exercise. Medicine & Science in Sports & Exercise.
  • Hartmann H et al. Influence of squattingdepth on jumping performance. Journal of Strength and ConditioningResearch.
  • Bryanton MA et al. Effect of squat depth and barbell load on relative muscular effort in squatting. Journal of Strength and Conditioning Research.
  • Kritz M et al. Clinical applications of the squat in rehabilitation. Strength and Conditioning Journal.
  • Myer GD et al. The back squat: a proposed assessment of functionaldeficits and technical factors. Journal of Strength and Conditioning Research.
  • Powers CM et al. Patellofemoral joint stress duringweight-bearing and non-weight-bearing exercises. Medicine & Science in Sports & Exercise.
  • Dingenen B et al. Rehabilitationafter ACL reconstruction: focus on functionalexercises and return to sport.
  • Swinton PA et al. A biomechanicalcomparison of the traditional squat, powerlifting squat, and box squat. Journal of Strength and Conditioning Research.
  • Contreras B et al. An electromyographic comparison of gluteus maximus activation during common strength exercises. Journal of Applied Biomechanics.

(Certaines publications en accès libre sont disponibles sous licence CC BY via PubMed Central, MDPI ou BMC selon les revues et les années de publication.)

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