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Bilan kiné de l’épaule : démarche structurée pour le raisonnement clinique

// RÉÉDUCATION

Avant d’envisager toute intervention thérapeutique sur une épaule douloureuse, il est indispensable de disposer d’une compréhension précise et globale de la symptomatologie du patient, aussi bien telle qu’elle se manifeste lors de l’évaluation actuelle qu

Mise en ligne le 09 Jun 2026
Mise Ă  jour le 09 Jun 2026
Épaule
Antoine

Antoine

Introduction

Avant d’envisager toute intervention thérapeutique sur une épaule douloureuse, il est indispensable de disposer d’une compréhension précise et globale de la symptomatologie du patient, aussi bien telle qu’elle se manifeste lors de l’évaluation actuelle que dans son évolution antérieure. L’examen clinique de l’épaule représente un véritable défi en raison de la densité anatomique de la région, de l’amplitude et de la complexité de ses mouvements, ainsi que de la diversité des atteintes possibles, qu’elles soient intra-articulaires ou extra-articulaires.

Une démarche structurée et méthodique, combinant interrogatoire et examen clinique, permet d’identifier les éléments essentiels du tableau clinique et de réduire le risque de passer à côté d’affections importantes. Les informations recueillies orientent ensuite le choix d’éventuels examens complémentaires, de tests spécifiques ou des modalités de prise en charge à poursuivre.

Il est toutefois important de souligner que la pertinence des tests cliniques et de l’imagerie diagnostique fait encore l’objet de débats. Les tests cliniques ne permettent pas toujours de déterminer avec certitude la structure à l’origine de la douleur, et l’interprétation des examens radiologiques demeure également sujette à discussion.

Anatomie

L’amplitude de mouvement du membre supérieur par rapport au tronc ne résulte pas uniquement de l’articulation gléno-humérale. Elle provient d’un ensemble fonctionnel plus large incluant également les articulations acromio-claviculaire et sterno-claviculaire, ainsi que les articulations costo-sternales et costo-vertébrales supérieures. Un mouvement physiologique exige par ailleurs une mobilité adéquate de la scapula, qui doit pouvoir glisser librement sur la paroi thoracique postérieure, formant l’articulation scapulo-thoracique. 

L’articulation gléno-humérale est une articulation synoviale sphéroïde, multiaxiale, caractérisée par une glène peu profonde. Sa stabilité repose essentiellement sur les structures capsulo-ligamentaires et musculaires plutôt que sur la congruence osseuse. Le bourrelet glénoïdien, anneau de fibrocartilage périphérique, augmente la profondeur et la surface de contact de la cavité glénoïde, améliorant ainsi la coaptation articulaire.

La stabilité fonctionnelle est assurée principalement par les muscles péri-articulaires issus de la scapula et s’insérant sur la tête humérale, constituant la coiffe des rotateurs (supra-épineux, infra-épineux, subscapulaire et, selon certaines classifications, petit rond). L’épine de la scapula forme une crête osseuse dorsale servant d’insertion au trapèze et au deltoïde et se prolonge latéralement pour former l’acromion. L’espace sous-acromial, situé entre l’acromion et la tête humérale, abrite notamment les tendons de la coiffe et la bourse sous-acromiale/sous-deltoïdienne.

Les tubercules majeur et mineur sont séparés par le sillon intertuberculaire, où chemine le tendon du chef long du biceps brachial, lequel pénètre dans la cavité articulaire et s’insère au niveau du bord supérieur du labrum glénoïdien.

Quelles structures osseuses, ligamentaires, musculaires et nerveuses de l'épaule contribuent le plus à sa stabilité et à sa mobilité ?

La stabilité et la mobilité de l’épaule résultent de l’interaction coordonnée des structures osseuses, capsulo-ligamentaires, musculotendineuses et nerveuses du complexe scapulo-huméral.

Structures osseuses

La contribution des structures osseuses à la stabilité de l’épaule reste limitée par rapport aux éléments capsulo-ligamentaires et musculaires, en raison de la faible congruence de l’articulation gléno-humérale. Néanmoins, certaines caractéristiques morphologiques influencent significativement la répartition des contraintes mécaniques au sein du complexe scapulo-huméral.La forme de la glène, l’orientation de l’acromion et la morphologie de l’humérus proximal modulent les bras de levier musculaires et les zones de contact articulaires. À ce titre, le critical shoulder angle (CSA) constitue un paramètre radiographique synthétique décrivant la relation entre la glène et l’acromion. Des valeurs élevées de CSA sont associées à une augmentation des contraintes sur la coiffe des rotateurs, tandis que des valeurs plus faibles sont davantage corrélées aux processus dégénératifs gléno-huméraux. À titre indicatif, les valeurs moyennes rapportées sont d’environ 33° chez les sujets asymptomatiques, autour de 38° en cas de rupture de coiffe, et proches de 28° dans l’arthrose gléno-humérale. 

Structures capsulo-ligamentaires

La stabilité statique de l’épaule repose principalement sur la capsule articulaire et les ligaments gléno-huméraux supérieur, moyen et inférieur, qui limitent les translations excessives de la tête humérale dans les différentes positions du bras. À ces structures s’ajoutent les complexes acromio-claviculaire et coraco-claviculaire, qui participent à la stabilité de la ceinture scapulaire et à la transmission des forces entre le membre supérieur et le tronc. Au sein de cet ensemble, certaines structures jouent un rôle clé dans le soutien passif de la coiffe des rotateurs. Le « complexe supérieur », comprenant le ligament coraco-huméral et les portions supérieures de la capsule gléno-humérale, ainsi que le«â€Żrotator cable » (ligamentum semi circulare humeri), forme une véritable armature capsulo-ligamentaire. Cette organisation permet de répartir les contraintes mécaniques et de protéger les tendons du supra- et de l’infra-épineux, en particulier lors des mouvements d’élévation du bras.

Structures musculotendineuses

Le contrôle dynamique de l’épaule repose sur la coiffe des rotateurs (supra-épineux, infra-épineux, petit rond et subscapulaire), le tendon du long chef du biceps, le deltoïde, le trapèze ainsi que le complexe ou chape trapézo-deltoïdienne. L’action coordonnée de ces structures assure le centrage actif de la tête humérale, la stabilisation fonctionnelle de l’articulation gléno-humérale au cours du mouvement et la mobilité de la ceinture scapulaire.

Composantes nerveuses et proprioceptives

La stabilisation articulaire est également modulée par des afférences nerveuses et des mécanorécepteurs, notamment de type II (corpuscules de Pacini), identifiés au sein des ligaments gléno-huméraux. Ces fibres, localisées majoritairement dans la couche sous-synoviale et à proximité de l’insertion humérale, participent au contrôle neuromusculaire des muscles stabilisateurs de l’épaule.

Anamnèse et histoire médicale

L’anamnèse représente une étape centrale dans l’évaluation d’un patient présentant une atteinte musculosquelettique de l’épaule. Elle consiste à recueillir de manière structurée les informations relatives aux antécédents médicaux, au mode d’apparition des symptômes, ainsi qu’aux dimensions psychosociales susceptibles d’influencer la présentation clinique (yellow flags). L’ensemble de ces données est intégré au raisonnement clinique afin d’orienter la suite de l’examen physique.

Recueil de l’histoire clinique

L’entretien doit permettre de préciser :

  • Le contexte d’apparition des symptômes (début brutal ou progressif, durée d’évolution, événement traumatique éventuel) 
  • La localisation de la douleur, son irradiation possible et son intensité
  • L’impact fonctionnel : perturbation du sommeil, impossibilité de dormir sur le côté atteint, gêne dans les activités domestiques et professionnelles
  • Les stratégies d’autogestion ou les traitements déjà entrepris
  • Les antécédents d’épisodes douloureux de l’épaule et leur évolution
  • Les liens possibles avec l’activité professionnelle ou les pratiques sportives

Il est également pertinent d’explorer :

  • Les mouvements aggravant la douleur, notamment les gestes en élévation ou le port de charges
  • L’existence d’une limitation douloureuse dans une ou plusieurs directions de mouvement
  • La perception d’instabilité
  • La présence éventuelle de symptômes cervicaux associés

Questions cliniques d’orientation

Certaines questions ciblées peuvent aider à préciser l’origine des symptômes et à orienter l’hypothèse diagnostique :

  • Les mouvements du cou modifient-ils votre douleur ?
  • Avez-vous déjà ressenti de l’instabilité de l’épaule lors des mouvements du bras ?
  • Les activités au-dessus de la tête majorent-elles vos symptômes ?
  • Rencontrez-vous des difficultés à mobiliser votre bras ?
  • Avez-vous une sensation de lourdeur dans les bras lors des gestes en élévation ?

Analyse du mécanisme lésionnel

L’exploration du mécanisme de survenue de la lésion constitue une étape majeure du recueil clinique. Trois dimensions doivent être systématiquement précisées au moment du traumatisme :

  • La région anatomique impliquée
  • La position du membre supérieur au moment de l’événement
  • Les sensations subjectives rapportées par le patient

Il convient d’obtenir une description claire et détaillée de la zone douloureuse afin d’éviter toute ambiguïté. La position du bras au moment de l’impact apporte des éléments déterminants pour l’orientation diagnostique : par exemple, une chute sur un membre en abduction et rotation externe est classiquement associée à un risque accru de luxation ou de subluxation gléno-humérale.

L’interrogatoire des perceptions immédiates au moment de la blessure peut également fournir des indices cliniques utiles. Un bruit de claquement ou de craquement peut évoquer une atteinte osseuse ou ligamentaire, tandis qu’une sensation de « déboîtement » oriente davantage vers une perte de congruence articulaire, de type luxation ou subluxation.

Examen clinique de l’épaule 

1) Vérification préalable : colonne cervicale

La région cervicale peut référer une douleur vers l’épaule et la scapula.
Un dépistage cervical rapide est recommandé avant de conclure à une origine gléno-humérale ou scapulaire.

2) Observation (Inspection)

Principe clé : symétrie entre les deux épaules
Points à observer :

  • posture générale, hauteur des épaules
  • position et mobilité de la scapula (bascule, winging, dyskinésie)
  • atrophie musculaire, gonflement, déformation
  • retentissement fonctionnel sur les gestes du membre supérieur

Remarque : l’épaule dominante peut paraître légèrement plus basse et plus volumineuse.

3) Palpation

Objectifs : identifier douleur, texture tissulaire, chaleur, œdème, crépitation.

Structures clés à palper

  • Articulations acromio-claviculaire (AC) et sterno-claviculaire (SC). 
  • Insertions de la coiffe des rotateurs
  • Tendon du long biceps
  • Région sous-acromiale
  • Corps musculaires et repères osseux

Signes cliniques utiles

Élément palpé

Interprétation possible

Chaleur / tension

Inflammation, infection, synovite, traumatisme récent

Œdème

Épanchement, fracture, tumeur, nodule

Crépitations

Arthrose, tendinopathie, fracture

Douleur localisée ou référée

Atteinte musculo-tendineuse ou articulaire

4) Évaluation neurologique (si symptômes neuro-sensitifs)

Indiquée en cas de fourmillements, engourdissement, faiblesse, irradiation.

Myotomes (dépistage rapide)

Racine

Fonction principale

C4

Élévation d’épaule

C5

Abduction d’épaule

C6

Flexion coude / extension poignet

C7

Extension coude / flexion poignet

C8

Extension/abduction pouce

T1

Abduction des doigts

Dermatomes (référence rapide)

Racine

Zone testée

C4

Sommet d’épaule

C5

Face latérale deltoïde

C6

Pouce

C7

Majeur

C8

Auriculaire

T1

Face médiale avant-bras

Réflexes pathologiques ou Réflexes Ostéo-Tendineux (ROT) anormaux orientation neurologique / médicale.

5) Analyse du mouvement

Amplitude active

Comparer :

  • côté symptomatique vs côté sain
  • valeurs attendues

Mouvement

Amplitude attendue

Abduction

170–180°

Flexion

160–180°

Plan de la scapula

170–180°

Rotation externe

80–90°

Rotation interne

60–100°

Extension

50–60°

Adduction

50–75°

Signification clinique des limitations

Limitation / sensation

Hypothèses possibles

Douleur limitante

Tendinopathie, conflit, entorse, lésion labrale

Bloc mécanique

Capsulite, lésion labrale

Douleur nocturne

Coiffe, instabilité antérieure, AC, tumeur

Claquement / ressaut

Lésion labrale, instabilité

Raideur progressive

Capsulite

Sensation d’instabilité

Instabilité antérieure / multidirectionnelle

Mobilité passive

Utile pour :

  • distinguer limitation douloureuse vs capsulaire
  • appliquer surpression douce si tolérée

6) Force et contrôle musculaire

Tests de force : principaux groupes

  • Flexion / extension d’épaule
  • Abduction / adduction
  • Rotations interne et externe
  • Horizontalisation (add/abd)

Stabilisation scapulaire

Muscle

Rôle

Trapèze sup, moyen, inf

Stabilité scapulaire

Dentelé antérieur

Protraction / bascule externe

Rhomboïdes

Rétraction

Élévateur de la scapula

Soutien cervical-scapulaire

7) Mobilité articulaire

Recherche d’hypomobilité douloureuse ou reproduction des symptômes.

Articulation

Directions évaluées

Gléno-humérale

Ant., post., inf., distraction

Acromio-claviculaire

Ant., post.

Sterno-claviculaire

Ant., post., sup., inf.

Scapulo-thoracique

Élévation, abaissement, rotations, protraction/rétraction

8) Tests spécifiques (selon suspicion clinique)

  • Douleur sous-acromiale / coiffe
  • Tendinopathie du biceps
  • Lésions labrales
  • Instabilité / laxité

À utiliser en complément du raisonnement clinique, pas isolément.

9) Red Flags 

Situations nécessitant orientation médicale urgente

Signes / suspicion

Exemples

Infection, tumeur, fièvre, perte de poids

Douleur non mécanique, nocturne constante

Fracture ouverte / déficit neuro-vasculaire

Traumatisme sévère

Syndrome des loges

Douleur disproportionnée, tension extrême

Douleur référée cardiaque (épaule G)

Suspicion SCA / infarctus

Polymyalgiarheumatica

Douleurs bilatérales + raideur

10) Yellow Flags : facteurs psychosociaux

Outils possibles :

  • FABQ (peur-évitement)
  • BDI / DASS (dépression / anxiété)
  • Pain Catastrophizing Scale

11) Fractures : points clés

Souvent après FOOSH (=Fall On OutStretched Hand = chute sur main en extension).
Les plus fréquentes : clavicule, humérus proximal.

Fracture de clavicule

Données cliniques

1/3 moyen (≈ 80 %)

Le plus fréquent

Distal (10–15 %)

Parfois instable

Médial (3–5 %)

Plus rare

Déplacée

Souvent chirurgicale

Non déplacée

Essai traitement conservateur

12) Imagerie : indications principales

Radiographies utiles pour détecter :

  • arthrose AC / GH
  • calcifications, ostéophytes, kystes
  • fractures, conflits sous-acromiaux

Algorithme clinique 

Étape

Objectif

Dépistage cervical

Exclure douleur référée

Observation

Symétrie, posture, scapula

Palpation

Douleur, chaleur, œdème, crépitations

AROM / PROM

Identifier limitation douloureuse / mécanique

Force & scapula

Déficits fonctionnels

Mobilité articulaire

Hypomobilité / reproduction douleur

Tests spécifiques

Confirmer hypothèse

Red / Yellow flags

Orienter prise en charge

Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.

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