Quelles sont les caractéristiques cliniques, radiologiques et épidémiologiques de l’arthrose du pouce ?
L’arthrose de la base du pouce, aussi appelée arthrose trapézo-métacarpienne (CMC1, ou rizarthrose), est une pathologie fréquente et potentiellement invalidante. Elle touche préférentiellement les sujets de plus de 50 ans et présente une prépondérance féminine marquée, avec une prévalence radiographique estimée à environ 7 % chez les hommes et 15 % chez les femmes.
Présentation clinique
Sur le plan clinique, l’arthrose CMC1 peut être asymptomatique ou se manifester par une douleur localisée à la base du pouce, une diminution de la force de pince, une instabilité articulaire et une limitation fonctionnelle des gestes de préhension. La douleur est le plus souvent mécanique, majorée lors des activités sollicitant la pince pouce-index, mais peut devenir persistante au repos dans les formes avancées.
Certains éléments cliniques sont associés à un pronostic plus défavorable, notamment la subluxation dorsale du premier métacarpien et un niveau de douleur élevé dès la première consultation, deux facteurs corrélés à une probabilité accrue de recours ultérieur à la chirurgie.
Données radiologiques
Le diagnostic repose en pratique sur l’examen clinique associé aux radiographies standards. La classification la plus utilisée est celle d’Eaton et Littler, qui distingue quatre stades évolutifs (I à IV) selon la sévérité des lésions : des formes précoces avec modifications minimes de l’interligne articulaire jusqu’aux formes avancées caractérisées par un pincement marqué, des ostéophytes, une sclérose sous-chondrale, des kystes et parfois une atteinte articulaire étendue.
Les techniques d’imagerie avancée apportent des informations complémentaires :
- La tomodensitométrie (CT) présente une meilleure sensibilité et reproductibilité que la radiographie pour la détection des signes structuraux (réduction de l’espace articulaire, ostéophytes, sclérose, érosions) et permet d’identifier un plus grand nombre de cas d’atteinte CMC1 et STT.
- L’IRM met en évidence des altérations osseuses et cartilagineuses dont la fréquence augmente avec la sévérité radiographique et qui peuvent être corrélées à l’intensité de la douleur, notamment dans les stades avancés.

Épidémiologie et évolution
L’arthrose de la base du pouce présente une évolution hétérogène. De nombreux patients restent peu symptomatiques malgré des anomalies radiologiques parfois importantes, tandis qu’un sous-groupe développe progressivement douleur chronique, faiblesse, instabilité et perte fonctionnelle significative.
La prise en charge est initialement conservatrice (orthèses, rééducation, infiltrations). En cas d’échec symptomatique, plusieurs options chirurgicales sont proposées (trapeziectomie avec ou sans interposition ou suspension, arthroplastie, ligamentoplastie, arthrodèse, techniques arthroscopiques). À ce jour, la littérature ne démontre aucune supériorité claired’une technique chirurgicale sur les autres en termes de résultats fonctionnels à long terme.
Quelles sont les facteurs de risque, les mécanismes physiopathologiques et l’évolution naturelle de l’arthrose du pouce ?
Facteurs de risque
Les principaux facteurs associés à l’arthrose CMC1 sont l’âge, le sexe féminin et la sévérité initiale des symptômes. Une douleur importante au repos et un degré élevé de subluxation dorsale lors de la première évaluation sont liés à un risque accru de traitement chirurgical ultérieur. Par ailleurs, l’absence d’amélioration sous traitement conservateurconstitue un facteur prédictif de conversion vers la chirurgie.
Mécanismes physiopathologiques
L’articulation trapézo-métacarpienne est une articulation en selle, hautement mobile mais soumise à d’importantes contraintes biomécaniques. L’arthrose résulte de la combinaison d’altérations ligamentaires, d’une instabilité progressive, et de modifications des surfaces articulaires, conduisant à une usure cartilagineuse et à différents schémas d’atteinte osseuse. Les anomalies détectées en IRM (kystes, œdème osseux, remaniements sous-chondraux) sont particulièrement fréquentes dans les stades avancés et peuvent être associées à la douleur locale.
Évolution naturelle
La maladie évolue progressivement selon les stades d’Eaton–Littler (I à IV). Si de nombreux patients conservent une symptomatologie modérée, une proportion non négligeable développe une douleur invalidante, une diminution de la force de préhension et une instabilité fonctionnelle justifiant une prise en charge chirurgicale. La majorité des patients est d’abord traitée de façon conservatrice, mais l’intensité de la douleur et la réponse au traitement constituent des déterminants majeurs de l’évolution thérapeutique.

Quelles sont les options thérapeutiques non chirurgicales et chirurgicales, et quelles preuves existent sur leur efficacité comparée ?
Traitements non chirurgicaux
La prise en charge initiale repose sur les orthèses, la rééducation, les exercices thérapeutiques, les infiltrations de corticoïdes et le traitement médicamenteux symptomatique. Ces stratégies permettent fréquemment une amélioration de la douleur et de la fonction. Une diminution significative de la douleur sous traitement conservateur est associée à une probabilité réduite de recours à la chirurgie.
Traitements chirurgicaux
En cas d’échec du traitement conservateur, plusieurs techniques sont proposées :
- Trapeziectomie avec ou sans interposition ou suspension tendineuse,
- Arthroplastie de la CMC1,
- Reconstruction ligamentaire,
- Arthrodèse,
- Techniques arthroscopiques (ex. trapeziectomie partielle).
Les études disponibles montrent globalement de bons résultats fonctionnels à long terme pour ces différentes options. Toutefois, le niveau de preuve reste hétérogène et aucune technique n’a démontré une supériorité nette et constantesur les autres.
Sources
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ThumbArthroplasty as Reliable Long-term Solution for TrapeziometacarpalOsteoarthritis: A Minimum of 15 Years of Follow-up. CC BY.Â
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