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Rôle de l’imagerie mentale et visualisation dans la rééducation motrice

// INNOVATIONS

En kinésithérapie, cette technique prend une place croissante, notamment dans les pathologies neurologiques telles que l’accident vasculaire cérébral (AVC) ou la maladie de Parkinson.

Mise en ligne le 30 Nov 2025
Mise Ă  jour le 30 Nov 2025
Imagerie motrice
Antoine

Antoine

L’imagerie mentale, aussi appelée visualisation motrice, désigne la capacité à simuler mentalement une action sans exécution réelle du mouvement. Cette approche, longtemps réservée aux sportifs de haut niveau, s’impose aujourd’hui comme un outil complémentaire en rééducation fonctionnelle. Elle repose sur le principe selon lequel imaginer un mouvement, dans une certaine mesure, active les mêmes structures cérébrales que celles mobilisées lors de son exécution réelle.

En kinésithérapie, cette technique prend une place croissante, notamment dans les pathologies neurologiques telles que l’accident vasculaire cérébral (AVC) ou la maladie de Parkinson. L’imagerie motrice permet de maintenir l’engagement des réseaux moteurs même lorsque l’exécution physique est limitée, favorisant ainsi la plasticité cérébrale et la récupération fonctionnelle. Cet article propose d’explorer le rôle de l’imagerie mentale dans la rééducation motrice, ses mécanismes neurophysiologiques, ses effets démontrés, ainsi que ses conditions d’application optimales en pratique clinique.

Les fondements neurophysiologiques de l’imagerie motrice

Une activation similaire à l’action réelle

Les travaux de Jackson et al. (2001) ont montré, grâce à l’imagerie cérébrale fonctionnelle, que la visualisation d’un geste active les mêmes réseaux corticaux que l’exécution du mouvement réel : cortex moteur primaire (M1), aires prémotrices, cortex pariétal postérieur et cervelet. Cette similitude explique pourquoi l’imagerie mentale favorise le renforcement des schémas moteurs existants et la réorganisation corticale, même en l’absence de contraction musculaire.

Cette activation parallèle contribue à la plasticité cérébrale en stimulant les voies motrices résiduelles. En particulier, chez les patients présentant une hémiparésie post-AVC, la répétition mentale d’un geste améliore la connectivité entre les aires motrices et les régions associées à la planification du mouvement, renforçant la commande motrice volontaire.

Le rôle des neurones miroirs et la plasticité cérébrale

Les neurones miroirs, identifiés dans le cortex prémoteur, s’activent à la fois lors de l’exécution et de l’imagination d’un mouvement. Ce système contribue à la compréhension et à la reproduction de gestes complexes. Dans le contexte de la rééducation, il permet au patient d’anticiper et de planifier mentalement un mouvement avant de le réaliser physiquement.

Selon Bello et al. (2020), cette activation partagée explique les effets bénéfiques de la thérapie miroir, qui repose sur une illusion visuelle combinée à une imagerie motrice kinesthésique. Cette approche renforce la réorganisation corticale et optimise la récupération motrice après un AVC, en engageant le cortex moteur ipsilatéral à la lésion.

Efficacité clinique de l’imagerie motrice en rééducation

Après un accident vasculaire cérébral (AVC)

Les études synthétisées par García Carrasco et Aboitiz Cantalapiedra (2016) ont confirmé que l’imagerie motrice, combinée à la rééducation conventionnelle, améliore significativement la récupération fonctionnelle des membres supérieurs et inférieurs chez les patients post-AVC. Les bénéfices concernent notamment :

  • la coordination motrice et la précision des gestes ;
  • la réactivation corticale des zones motrices affectées ;
  • la transfertabilité des apprentissages à des tâches nouvelles.

La pratique mentale permet également une meilleure implication du patient dans son traitement. En répétant mentalement les séquences motrices apprises en séance, le patient entretient une activité corticale continue entre les phases de rééducation active.

Dans la maladie de Parkinson

Dans la maladie de Parkinson, où les déficits moteurs s’accompagnent d’une altération de la proprioception et du schéma corporel, l’imagerie motrice peut jouer un rôle essentiel. Abraham, Duncan et Earhart (2021) ont montré que la visualisation de la marche ou de l’équilibre stimule les circuits cérébelleux et corticaux impliqués dans la planification motrice, améliorant la stabilité posturale et la fluidité du mouvement.

Cette approche présente plusieurs avantages :

  • elle peut être utilisée même lorsque les capacités motrices physiques sont limitées ;
  • elle ne comporte aucun risque de chute ou de fatigue ;
  • elle favorise la motivation et la concentration du patient sur ses sensations kinesthésiques.

En outre, la pratique mentale semble corriger partiellement les distorsions du schéma corporel, fréquentes chez les patients parkinsoniens, en renforçant la conscience de la position et du mouvement du corps dans l’espace.

Conditions d’efficacité et intégration en kinésithérapie

Modalités pratiques

Les protocoles d’imagerie motrice varient selon les études, mais certains principes se dégagent :

  • Durée moyenne : 15 à 30 minutes par séance, plusieurs fois par semaine, sur une période de 4 à 8 semaines ;
  • Type d’imagerie : kinesthésique (ressentir le mouvement) plutôt que visuelle (se voir bouger) pour une activation plus proche de l’exécution réelle ;
  • Support : enregistrement audio guidé, vidéo explicative ou accompagnement direct par le thérapeute.

La mise en condition de relaxation avant la séance est importante pour améliorer la concentration et la qualité des images mentales. Le kinésithérapeute guide ensuite la représentation du mouvement, encourageant le ressenti des sensations musculaires, articulaires et proprioceptives.

Facteurs influençant la réussite

L’efficacité dépend de plusieurs paramètres :

  • la capacité d’imagerie du patient (à évaluer via des questionnaires spécifiques) ;
  • la phase de récupération (meilleurs résultats en phase subaiguë) ;
  • la motivation et l’attention pendant la tâche ;
  • la combinaison avec la thérapie physique réelle, qui reste indispensable pour la consolidation motrice.

L’imagerie motrice ne remplace donc pas l’entraînement actif, mais le complète efficacement, notamment lorsque la fatigue, la douleur ou les limitations physiques restreignent la pratique réelle.

Conclusion

L’imagerie mentale représente aujourd’hui un outil pertinent et validé dans la rééducation motrice. En activant les réseaux neuronaux impliqués dans la commande et la planification du mouvement, elle favorise la plasticité cérébrale et la récupération fonctionnelle. Les preuves cliniques sont particulièrement solides pour les patients post-AVC et ceux atteints de la maladie de Parkinson, mais son utilisation s’étend progressivement à d’autres domaines, comme la rééducation orthopédique ou la prévention de la perte motrice liée à l’immobilisation.

Pour le kinésithérapeute, l’imagerie motrice offre un levier supplémentaire d’action : elle prolonge le travail réalisé en séance, optimise l’apprentissage moteur et renforce l’autonomie du patient dans son processus de récupération. Sa mise en œuvre nécessite une approche structurée, guidée et individualisée, mais elle s’impose désormais comme un complément essentiel de la rééducation moderne.

NeuroXtrain s’engage

Dans une démarche de solidarité, NeuroXtrain soutient régulièrement des associations œuvrant dans le domaine de la santé et de la recherche médicale.
Dans cet article, nous avons choisi de mettre en lumière l’association Petit Cœur de Beurre qui accompagne les enfants et les familles concernés par les cardiopathies congénitales.
Vous pouvez découvrir leur action et les soutenir en cliquant sur le visuel ci-dessous ou sur le lien vers leur site : Petit Cœur de Beurre

Tout le contenu de cet article est présenté à titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santé.

 

Sources

  • Jackson, P. L., Lafleur, M. F., Malouin, F., Richards, C. L., & Doyon, J. (2001). Potential role of mental practice using motor imagery in neurologic rehabilitation. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 82(8), 1133–1141.
  • García Carrasco, D., & Aboitiz Cantalapiedra, J. (2016). Effectiveness of motor imagery or mental practice in functional recovery after stroke: a systematic review. Neurología, 31(1), 43–52.
  • Bello, U. M., Winser, S. J., & Chan, C. C. H. (2020). Role of kinaesthetic motor imagery in mirror-induced visual illusion as intervention in post-stroke rehabilitation. Reviews in the Neurosciences, 31(6), 595–606.
  • Villa-Berges, E., et al. (2023). Motor imagery and mental practice in the subacute and chronic phases of stroke: A systematic review. Occupational Therapy International, 2023, Article ID 1056748.
  • Abraham, A., Duncan, R. P., & Earhart, G. M. (2021). The role of mental imagery in Parkinson’s disease rehabilitation. Brain Sciences, 11(2), 185.