Du 25 au 27 novembre 2021, nous avons Ă©tĂ© invitĂ©s par le ComitĂ© International Olympique (CIO) pour assister Ă la 6Ăšme confĂ©rence sur « La prĂ©vention des blessures et des maladies dans le sport ». La confĂ©rence a lieu tous les 3 ans et se dĂ©roule sur 3 jours au Grimaldi Forum Ă Monaco, un lieu exceptionnel. Lâorganisation Ă©tait fantastique.

 Avant de consulter cet article, nous vous invitons Ă visionner le reportage scientifique rĂ©alisĂ© Ă l'occasion !Â
Durant cet Ă©vĂšnement nous avons pu retrouver nos connaissances, le Dr. Hewett, Dr. Francesco Della Villa, Dr. Natalia Bittencourt, Pedro Fagnani PT. et bien dâautres encore. La confĂ©rence Ă©tait organisĂ©e sous diffĂ©rents ateliers :
Keynotes : Les keynotes Ă©taient les Ă©vĂšnements les plus importants. Contrairement aux symposiums (voir ci-dessous), il nây avait pas dâautres ateliers en mĂȘme temps que la keynote : tous les participants y assistent.
Les symposiums: Il sâagit des ateliers principaux dans les plus grandes salles du forum. Cela se dĂ©roule comme une confĂ©rence : le speaker se tient sur la scĂšne et nous prĂ©sente ses derniĂšres recherches scientifiques sur une thĂ©matique choisie. Ă la fin, quelques minutes sont prises pour un Ă©change si le public a des questions.
Les Free Communications : Ce sont des communications libres, un échange avec le speaker sur une certaine thématique en comité réduit (15-20 personnes).
Les workshops: Les workshops sont des ateliers Ă©galement en comitĂ© restreint, mais ces derniers apportent une dimension pratique comme la rĂ©alisation dâexercices, ou de travaux concrets, plus faciles Ă retransmettre en pratique.
La Poster Area : Plusieurs chercheurs du monde entier sont venus exposer lâune de leurs Ă©tudes sous forme de poster. Plus dâune centaine de posters Ă©taient exposĂ©s, chacun des participants pouvait interagir avec lâauteur de lâĂ©tude pour un Ă©change constructif. La pause-cafĂ© se dĂ©roulait dans cet espace, ce qui permettait dâĂ©changer, tout en savourant un cafĂ©.
ĂvĂšnements : Le Prince Albert de Monaco Ă©tait prĂ©sent lors de la cĂ©rĂ©monie dâouverture de la confĂ©rence, Ă©galement le soir se tenaient divers Ă©vĂšnements comme la « Sport Celebration night », une soirĂ©e de gala pour Ă©changer autour dâun verre.
La parole au CIO

En exclusivitĂ© pour NeuroXtrain, lâune des figures du monde de la recherche dans le sport, le docteur Karim KHAN, membre du comitĂ© scientifique de la ConfĂ©rence internationale du CIO sur la prĂ©vention des blessures et des maladies dans le sport et ex-rĂ©dacteur en chef du British Journal of Sport Medicine (BJSM) durant 12 ans, nous parle de son travail autour de la confĂ©rence ainsi que des missions du CIO :
1/ - Sâil vous plaĂźt Karim, pouvez-vous vous prĂ©senter et nous parler de votre rĂŽle autour de la confĂ©rence ?
Je suis Karim Khan, je suis du Canada et initialement dâAustralie. Jâai suivi un MD (docteur en mĂ©decine) et un PhD (doctorat) et jâai travaillĂ© comme mĂ©decin spĂ©cialiste en mĂ©decine du sport et de lâexercice ; maintenant, je suis pleinement engagĂ© dans la recherche et le financement de la recherche. Jâai publiĂ© sur les tendinopathies et les fractures de stress et leurs imageries. Plus rĂ©cemment, jâai publiĂ© dans le domaine de lâexercice pour la santĂ© des populations fragiles (ostĂ©oporose, personnes ĂągĂ©es pour prĂ©venir les chutes), un domaine de la santĂ© publique. Je fais partie du comitĂ© scientifique de de la ConfĂ©rence internationale du CIO sur la prĂ©vention des blessures et des maladies dans le sport, nous votons sur les rĂ©sumĂ©s soumis pour la confĂ©rence, nous aidons Ă©galement Ă prĂ©sider les sessions et Ă hĂ©berger les sessions dâaffiches (ndlr : Poster area). Jâai Ă©galement siĂ©gĂ© au comitĂ© scientifique de formation de mĂ©decine « Advanced Team Physician Course » de lâĂ©quipe du CIO, il y en a eu 12 dans le monde depuis 2008.
2/ - Pouvez-vous nous expliquer la mission du CIO concernant la santĂ© des athlĂštes, quels sont les principaux objectifs de lâinstitution ?
JâapprĂ©cie que le prĂ©sident Jacques Rogge ait soulignĂ© le rĂŽle du CIO dans la protection de la santĂ© des athlĂštes. Des projets tels que la convocation dâexperts pour dĂ©velopper de nombreuses dĂ©clarations de consensus internationales importantes, les diplĂŽmes en ligne pour diverses disciplines et la surveillance des blessures aux Jeux sont de merveilleuses initiatives. Bien entendu, le CongrĂšs mondial du CIO est un joyau de la couronne de la commission mĂ©dicale du CIO, quelque chose pour lequel le CIO reçoit un immense crĂ©dit du monde du sport. Le CIO travaille dur pour amĂ©liorer lâĂ©galitĂ© des sexes aux Jeux Olympiques (50% des athlĂštes) et les dirigeants et cliniciens de la commission mĂ©dicale reflĂštent de plus en plus les athlĂštes dont ils sâoccupent (diversitĂ©, inclusion). Câest bien !
3/ - Un mot pour Paris 2024Â ?
Le monde attend avec impatience les Jeux dâĂ©tĂ© Ă Paris ! Bien sĂ»r, une grande ville dans un pays merveilleux avec une riche histoire sportive. AprĂšs toutes ces annĂ©es de COVID, et la belle rĂ©ussite de Tokyo malgrĂ© le besoin de grandes prĂ©cautions, espĂ©rons que le monde pourra voyager librement ! Câest lâheure de fĂȘter ça !
Si vous souhaitez plus dâinformations sur le Dr. Karim KHAN, cliquez ici pour dĂ©couvrir son rĂ©sumé : Karim KHAN
AprÚs avoir compris les initiatives du CIO, nous allons résumer jour par jour les points particuliÚrement importants de cette conférence, les conférences auxquels nous avons assisté qui comprenaient énormément de speakers internationaux, les meilleurs dans leur domaine.
Jour1
Preventing overuse injuries in team sports â Yes we can! As evidenced by the hit sport â volleyball. Natalia F.N BITTENCOURT / Christopher SKAZALSKI
Nous avons assistĂ© Ă la confĂ©rence de Natalia Bittencourt, Christopher Skazalski et Kerry Mac Donald sur les tendinopathies patellaires chez les joueurs de volleyball dans la salle Auric du forum. Le genou du sauteur est une pathologie extrĂȘmement courante dans le volleyball, mais comment la prĂ©venir ou rĂ©duire son incidence ? Il est important de comprendre que chaque sportif est diffĂ©rent et quâen fonction des positions occupĂ©es sur le terrain, tous les athlĂštes ne possĂšdent pas les mĂȘmes capacitĂ©s dâabsorption des chocs au niveau des structures tendineuses. Le staff technique et le corps mĂ©dical doivent ĂȘtre conscients que lâadaptation de la charge et du volume dâentraĂźnement comme le nombre de sauts est importante, et que lâindividualisation est un Ă©lĂ©ment clĂ©.
Un programme de prĂ©vention mis en place par Natalia Bittencourt, en prenant en compte toute la chaine cinĂ©tique du volleyeur a permis une rĂ©duction de + de 40% en ce qui concerne lâincidence des tendinopathies patellaires dans le club de volley de haut niveau dont elle sâoccupe. Kerry McDonald, coach, Ă quant Ă lui souligner lâimportance des connaissances de lâentraineur en prĂ©vention des blessures pour prĂ©server au mieux lâintĂ©gritĂ© physique des joueurs.
Sleeping for success in sport. Janse VAN RENSBURG.
Nous avons assisté à cette conférence sur le sommeil qui témoigne encore plus de son importance :
Un programme dâextension du sommeil rĂ©duit de 19% les niveaux de cortisol chez les rugbymans professionnels et rĂ©duit de 3,5% le temps de rĂ©action. (Swinsbourne 2018).
Une semaine dâextension de sommeil (8H/nuit) augmente de 10-15% la production de testostĂ©rone en comparaison semaine comprenant 5h de sommeil par nuit. (Leproult 2011)
LâidĂ©al pour rĂ©aliser une sieste serait de 13:00 Ă 16:00 entre 20 et 90minutes, en fonction de la maniĂšre dont lâathlĂšte souhaite rĂ©cupĂ©rer, phase 1,2 ou 3 du sommeil.
Il faut attendre au moins 20 minutes pour laisser passer lâinertie du sommeil et ĂȘtre totalement alerte.
ACL injury prevention: From risk factor identification to practical use â Where are we (and what is missing). Jesper BENCKE
Jesper BENCKE a insistĂ© sur le fait que la force musculaire des muscles de la hanche et du genou est extrĂȘmement importante pour prĂ©venir les lĂ©sions du LCA. Comprendre le mĂ©canisme lĂ©sionnel est Ă©galement essentiel :
Le risque de lésion le plus élevé est la « sidecut maneouver » ou changement de direction en français.
La blessure du LCA survient tĂŽt aprĂšs le contact du pied au sol, en 40 ms seulement avec une rotation interne du genou qui se trouve en extension quasi-complĂšte et un angle dâabduction du genou augmentĂ©. Il est donc essentiel de renforcer les muscles qui soutiennent le LCA :
Il faut Ă©viter de se retrouver avec un genou en extension complĂšte : câest pourquoi le quadriceps doit ĂȘtre fort pour permettre un atterrissage plus flĂ©chi. Les ischio-jambiers (IJ) doivent ĂȘtre puissants et actifs pour rĂ©sister Ă la translation antĂ©rieure du tibia. Ils sont considĂ©rĂ©s comme le LCA « dynamique ». Dans le plan frontal, la partie mĂ©diale des ischio-jambiers permettra de rĂ©sister au moment dâabduction du genou, tandis que pour rĂ©sister aux mouvements de rotations, les deux parties (latĂ©rale et mĂ©diale) des ischio-jambiers sont nĂ©cessaires. Une endurance des IJ est aussi importante puisque la fatigue de ces derniers augmente la charge sur le LCA.
Un autre Ă©lĂ©ment a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© Ă©galement celui du RFD (Rate force of development : augmentation de la force du moment T0 oĂč aucune force nâest prĂ©sente jusquâĂ lâatteinte de la force volontaire maximale) puisquâil y a un Ă©cart entre lâactivation du quadriceps et des ischio-jambiers au moment de la blessure. Pour plus dâinformations, nous avions rĂ©digĂ© un article sur le sujet.
Un dĂ©bat est ensuite intervenu : le valgus dynamique est-il un facteur de risque pour le genou ? Ou est-ce le moment dâabduction du genou ? DâaprĂšs Tron Krosshaug, les statistiques semblent dĂ©montrer que le moment dâabduction du genou est un facteur de risque alors que le valgus ne lâest pas ... Chose avec laquelle le Dr. Hewett nâĂ©tait pas dâaccord, qui lui juge le valgus du genou comme un facteur de risque bel et bien dĂ©montrĂ©.
Jour 2
From Copenhagen to Dublin via Oslo: Collaborating to tackle primary, secondary and tertiary groin injury prevention in sports. Thor Einar ANDERSEN / Per HOLMICH
Le diagnostic des pathologies pubiennes est trĂšs compliquĂ©, probablement dĂ» au fait des multiples insertions musculaires dans cette zone. LâagrĂ©ment de DOHA, rĂ©alisĂ© par un consensus de spĂ©cialistes Ă©tabli quelques annĂ©es auparavant a facilitĂ© le diagnostic de ces lĂ©sions en amĂ©liorant la classification comme suit :
Blessure liĂ©e Ă lâadducteur
Blessure liée au psoas
Blessure liée à la région inguinale
Blessure liée au pubis
Cependant, ces mĂȘmes experts prĂ©sents lors de cette confĂ©rence soulignent la nĂ©cessitĂ© dâune seconde version de DOHA. Des nouveautĂ©s Ă©mergent Ă©galement comme cette actualisation de lâanatomie palpatoire de la zone :

Crédits : Twitter - @afranklynmiller
Dans un second temps, lâimportance de la force excentrique des adducteurs a clairement Ă©tĂ© dĂ©finie comme un facteur protecteur de lĂ©sion liĂ©e Ă lâadducteur. PrĂšs dâ1/3 des joueurs prĂ©sentaient une douleur dans cette rĂ©gion (pubis/hanche) avant le dĂ©but mĂȘme de la saison ! Entre autres, lâexercice de niveau 3 du programme Copenhague a encore une fois Ă©tĂ© recommandĂ© au plus haut point. Plus le joueur rĂ©alise de rĂ©pĂ©titions de cet exercice sur lâannĂ©e, plus la force excentrique des adducteurs est importante. La clĂ© est dâaugmenter la quantitĂ© de charge pouvant ĂȘtre acceptĂ©e lors de la compĂ©tition par le complexe adducteur pour protĂ©ger cette structure musculaire.
Crédits : Exercice N°3 de Copenhague skadefri.no

Le Protocole dâHolmich quant Ă lui est toujours valable et efficace pour rĂ©duire lâincidence des blessures de cette zone, et peut Ă©galement ĂȘtre employĂ© lors de la rééducation des lĂ©sions avec un retour au sport estimĂ© Ă 78%.
En ce qui concerne les interventions chirurgicales, la tĂ©notomie de lâadducteur nâest pas vraiment un choix de premier lieu : elle prĂ©sente 5 Ă 34% de complications, alors quâun traitement conservateur permet de 79% de rĂ©sultats dits « excellents ».
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Hamstring injury prevention IS possibleâŠ. Maybe. Kind of. Ish. Nicol VAN DYK / Gustaaf REURINK
DiffĂ©rents protocoles de prĂ©vention/rééducation ont Ă©tĂ© analysĂ©s tels que le L-Protocol de Carl Askling ou le protocole de Mendiguchia. En conclusion, aucun programme ne sâest avĂ©rĂ© supĂ©rieur Ă un autre de maniĂšre significative. Voici les points importants :
Trouver son programme de prĂ©vention avec lequel nous sommes le plus Ă lâaise
Adapter son programme de prévention en fonction des ressources matérielles disponibles
Combiner certains protocoles et/ou exercices
Poster areas, Press Room/interviews, travail
Nous avons, durant cette journĂ©e, passĂ© beaucoup de temps dans la salle des posters afin dâĂ©changer avec les intervenants, rencontrer de nouvelles personnes de diffĂ©rents pays, etc.
Pour terminer cette journée, nous avons travaillé quelques heures dans la salle de presse afin de préparer les interviews, définir les objectifs du lendemain, etc.
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Jour 3
Pour ce troisiĂšme jour, dĂ» Ă lâobligation de nos transports respectifs, nous nâavons pu assister quâĂ un dernier symposium trĂšs intĂ©ressant.
Concussion prevention in youth team sports: Evidence informing best practice and policy across five high risk sports. Carolyn EMERY
Le point le plus marquant de cette confĂ©rence concernait la prĂ©vention des concussions dans la crosse : en effet les joueuses fĂ©minines possĂšdent beaucoup moins de protections que les hommes. Lâexplication vient du fait que les hommes ont le droit au contact dans les rĂšgles alors que les fĂ©minines auraient de grandes restrictions sur les contacts. Pourtant, cela nâempĂȘche pas une incidence beaucoup plus Ă©levĂ©e de concussion chez les fĂ©minines ⊠Beaucoup de choses sont donc encore Ă amĂ©liorer.
ConclusionÂ
AprĂšs avoir rencontrĂ© plein de personnes exceptionnelles, nous sommes retournĂ©es Ă lâhĂŽtel rĂ©cupĂ©rer nos valises pour retourner dans nos villes respectives, Ă Lyon et Ă Toulouse. Ce genre dâĂ©vĂšnement est lâoccasion rĂȘvĂ©e pour Ă©changer, obtenir une vision internationale sur la maniĂšre de traiter les patients, prĂ©venir les blessures. Cela ouvre un champ rempli de nouvelles perspectives dans notre pratique de la kinĂ©sithĂ©rapie et de la prĂ©vention des blessures qui peuvent sâavĂ©rer trĂšs diffĂ©rentes dâun pays Ă lâautre. La France est encore trop peu reprĂ©sentĂ©e dans ce type dâĂ©vĂ©nement, nous espĂ©rons vraiment pouvoir dĂ©velopper cette envie dây assister et de partager au monde la qualitĂ© de nos soins. On espĂšre vous retrouver nombreux dans 3 ans Ă la prochaine confĂ©rence organisĂ©e par le CIO Ă Monaco !