Au fils des annĂ©es, les performances ne cessent dâaugmenter, chez les hommes comme chez les femmes. Cependant, les fonctionnements physiologiques diffĂ©rents en fonction du sexe entraĂźnent des limitations dans la rĂ©alisation de records. Les femmes possĂšdent beaucoup plus de contraintes physiologiques que les hommes, entre les hormones, les menstruations, la grossesse, etc. Nous allons donc Ă©tudier les caractĂ©ristiques de lâathlĂšte fĂ©minine entre performance et comportement physiologique puis nous aborderons la grossesse ainsi que la pĂ©riode post-partum chez une athlĂšte de haut niveau.
Beaucoup dâentre vous ont surement dĂ©jĂ entendu parler de la triade de la sportive : lorsquâune femme pratique une activitĂ© physique trĂšs intense, elle peut exprimer diffĂ©rents symptĂŽmes : des troubles menstruels (amĂ©norrhĂ©e), des troubles du comportement alimentaire (anorexie/boulimie) et une dĂ©minĂ©ralisation des os.
Au-delà du niveau hormonal, quelles sont les différentes caractéristiques entre les athlÚtes hommes et femmes ?
Anatomique : Dans les disciplines athlĂ©tiques oĂč le contrĂŽle de lâĂ©quilibre est trĂšs important (par exemple, la gymnastique), la stature plus courte et le bassin plus large donnent aux femmes un centre de gravitĂ© infĂ©rieur, ce qui leur procure un avantage substantiel. En revanche, un bassin plus large peut produire un varus des hanches, une augmentation de lâantĂ©version fĂ©morale et du valgus du genou ayant pour rĂ©sultat un angle Q accru, qui est connu pour ĂȘtre un facteur prĂ©disposant pour des problĂšmes patello-fĂ©moraux ou ligamentaires (LCA).
Musculaire : Diverses Ă©tudes ont montrĂ© que lorsque seule la qualitĂ© musculaire (types de fibres, recrutement des fibres, temps de rĂ©action Ă la contraction, etc.) est concernĂ©e, les muscles des hommes et des femmes ne sont pas si diffĂ©rents. Il semble, cependant, que les diffĂ©rences de force et de puissance entre les sexes sont une consĂ©quence de la quantitĂ© musculaire et non pas de leur qualitĂ©. Des Ă©tudes ont Ă©galement montrĂ© que les athlĂštes fĂ©minines ont une souplesse accrue des ischiojambiers qui pourrait ĂȘtre responsable dâune exposition augmentĂ©e Ă un risque de blessure du ligament croisĂ© antĂ©rieur (LCA)
Ligamentaire: Les athlĂštes fĂ©minines ont une laxitĂ© articulaire gĂ©nĂ©rale plus importante que leurs homologues masculins. Cela peut ĂȘtre attribuĂ© Ă la masse musculaire (moindre chez les femmes) qui ne parvient pas Ă retenir lâamplitude de mouvement excessive. Ces observations sont particuliĂšrement vraies pour le genou, la cheville et lâarticulation du coude. Plusieurs Ă©tudes ont montrĂ© que la laxitĂ© articulaire et lâhyperextension augmentent considĂ©rablement le risque de blessure au LCA chez les sujets fĂ©minins.
Voici les principales diffĂ©rences anatomiques entre les femmes (A) et les hommes (B). Ăvidemment, chaque posture est diffĂ©rente, ce sont des caractĂ©ristiques anatomiques gĂ©nĂ©rales qui ne sâappliquent pas Ă tous les hommes et toutes les femmes.
A | B |
1 : DĂ©veloppement infĂ©rieur de la musculature de la cuisse 2 : Souplesse plus importante 3 : Vaste mĂ©dial moins dĂ©veloppĂ© 4 : Valgus du genou 5 : AntĂ©version fĂ©morale 6 : Pelvis plus large 7 : Ăchancrure fĂ©morale plus petite 8 : Rotation externe du tibia   | 1 : Musculature de la cuisse plus dĂ©veloppĂ©e 2 : Moins de souplesse 3 : Hypertrophie du vaste mĂ©dial 4 : Varus du genou 5 : Pelvis plus Ă©troit 6 : Ă©chancrure fĂ©morale plus grande 7 : Rotation interne ou neutre du tibia  |
Â
Â
Une psychologie différente
En outre, il est important de noter quâĂ lâorigine, dans la plupart des cultures occidentales temps la participation sportive Ă©tait considĂ©rĂ©e comme exclusive pour les hommes. La rĂ©ussite, lâagressivitĂ© et le dĂ©sir de gagner étaient traditionnellement dĂ©crits comme des qualitĂ©s masculines et non fĂ©minines. La philosophie sâorganise autour de ce concept : «lâathlĂšte masculin gagnant vient de prouver sa masculinitĂ©, tandis que la femme gagnante a souvent besoin de justifier sa fĂ©minité». Ce genre de prĂ©jugĂ©, en combinaison avec certains traits de personnalitĂ©, peut conduire Ă des Ă©pisodes de dĂ©pression et dâanxiĂ©tĂ© parce quâune athlĂšte fĂ©minine peut sentir quâelle nâest pas Ă la hauteur des attentes perçues de son sexe. Les athlĂštes fĂ©minines ont des scores plus faibles lors dâĂ©valuation sur la domination et la confiance et plus Ă©levĂ©s sur lâimpulsivitĂ©, la tension et lâanxiĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale que les athlĂštes masculins. Il convient de noter que la pression de « gagner Ă tout prix », dâun parent ou dâun entraĂźneur trop imposant, et lâisolement social causĂ© par une participation aux compĂ©titions de haut niveau peut Ă©galement augmenter le risque de lâathlĂšte de dĂ©velopper certains problĂšmes, tels que les troubles de lâalimentation. Ces caractĂ©ristiques sont connues pour ĂȘtre des facteurs contribuant au dĂ©veloppement du syndrome de la triade de la sportive expliquĂ©e prĂ©cĂ©demment.
Compte tenu des diffĂ©rences musculaires, physiologiques et anatomiques, des risques de blessures supplĂ©mentaires (jusquâĂ 4x pour une rupture du ligament croisĂ© antĂ©rieur), de potentielles grossesses, de la psychologie du sport de haut niveau, les performances que rĂ©alisent les femmes aujourdâhui sont impressionnantes et plus quâhonorables.
Â
Grossesse et post-partum chez les sportives de haut niveau
Ătre athlĂšte de haut niveau, ce sont des heures et des heures dâentraĂźnement, sous tous les temps, des compĂ©titions aux quatre coins du monde, une pression quotidienne, une quĂȘte Ă©ternelle dâamĂ©lioration de ses performances. Câest aussi des victoires, des dĂ©faites, de la joie de la dĂ©ception. Mais dans tout ça, les athlĂštes restent humains et ont Ă©galement la volontĂ© de donner la vie. Comment les femmes font-elles pour allier grossesse et sport de haut niveau ? Un arrĂȘt de 9 mois est-il envisageable ? Et comment se passe lâaprĂšs ? Comment revenir Ă son niveau aprĂšs avoir accouché ?
Avant toute chose, il faut savoir que la science manque dâĂ©tudes et de recherches de qualitĂ©s sur la grossesse et le postpartum chez les femmes. Aux alentours de 30 ans, beaucoup de femmes atteignent un niveau performance trĂšs Ă©levĂ©e. GrĂące aux avancĂ©s scientifiques et technologiques notamment sur la rĂ©cupĂ©ration, les traitements en cas de blessures, leur condition physique Ă©pate. Certaines souhaitent alors avoir un enfant et retrouver la compĂ©tition une fois la grossesse terminĂ©e.Â
Continuer la compĂ©tition alors que lâathlĂšte est enceinte est quelque chose de rĂ©alisable. En effet, il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© observĂ© des femmes participant aux Jeux Olympiques alors quâelles Ă©taient enceintes. Cependant, cela dĂ©pend du sport pratiquĂ©, en effet les sports tels que la plongĂ©e, les sports de contact ou les sports Ă risques de chutes sont Ă Ă©viter.
Alysia Montano, mĂ©daillĂ©e de bronze aux championnats du monde de Moscou et Daegu sur 800 m, avait fait parler dâelle en prenant le dĂ©part de la finale du 800 m au championnat amĂ©ricain Ă Â cinq et huit mois de grossesse.
En lâabsence de contre-indication mĂ©dicale ou obstĂ©tricale, toutes les femmes enceintes sont encouragĂ©es Ă rester physiquement actives pendant au moins 150 minutes par semaine en rĂ©alisant une activitĂ© aĂ©robique dâintensité modĂ©rĂ©e.
Lâexercice aĂ©robique dâintensitĂ© modĂ©rĂ©e tout au long de la grossesse est connu pour avoir comme consĂ©quence des taux rĂ©duits de cĂ©sariennes,une incidence plus faible du diabĂšte gestationnel et des problĂšmes de tension artĂ©rielle.
Câest un peu diffĂ©rent pour les athlĂštes : certaines Ă©tudes suggĂšrent que les athlĂštes enceintes peuvent rencontrer plus de risques de fausse couche, naissance prĂ©maturĂ©e, un accouchement plus long, des dysfonctionnements du plancher pelvien ainsi que des douleurs au bas du dos.
Une information importante à prendre en compte : le drainage de calcium du squelette maternel pendant la fin de la grossesse et la perte de calcium due à la production de lait maternel pourrait potentiellement entraßner un risque accru de fractures de fragilité pendant la période post-partum.
Ăvidemment, il y a toujours quelques exceptions : Marit BjĂžrgen est une skieuse de fond norvĂ©gienne. Elle sâest entraĂźnĂ©e pendant sa grossesse, a donnĂ© naissance Ă un bĂ©bĂ© en bonne santĂ©, a remportĂ© quatre mĂ©dailles au Championnat du monde suivant et est devenue lâathlĂšte la plus couronnĂ©e de tous les temps aux Jeux olympiques dâhiver en fĂ©vrier 2018. Malheureusement, elle a subi deux fractures de stress au niveau du sacrum pendant sa pĂ©riode post-partum.
Lâexercice intensif Ă Â 90 % de la frĂ©quence cardiaque maximale maternelle, en particulier dans les conditions chaudes et humides, pourrait entraĂźner une situation hypoxique pour le fĆtus. Câest Ă©galement le cas pour lâentraĂźnement intensif en altitude de 1500 Ă 2000m en raison de la diminution de la saturation en oxygĂšne artĂ©riel fĆtal.
Les chercheurs se font rares dans le domaine de lâentraĂźnement de haute intensitĂ© pendant la grossesse, cependant Karel se distingue avec des rĂ©sultats intĂ©ressants : ses recherches ont indiqué que les athlĂštes fĂ©minines peuvent sâentraĂźner en toute sĂ©curitĂ© Ă des intensitĂ©s Ă©levĂ©es tout au long des grossesses simples (sans complications). En fait, les femmes bien entraĂźnĂ©es peuvent bĂ©nĂ©ficier de lâentraĂźnement Ă des volumes Ă©levĂ©s pendant la grossesse, car, lors de son Ă©tude, ce dernier nâaurait pas menacĂ© la santĂ© de la mĂšre ou du fĆtus et a mĂȘme maintenu la condition physique initiale chez les athlĂštes enceintes permettant un return to play plus rapide.Â
Â
EntraĂźnement antĂ©natalÂ
LâentraĂźnement antĂ©natal pourrait permettre dâaccĂ©lĂ©rer le return to play et de diminuer le risque de blessure en post-partum. Plusieurs Ă©lĂ©ments sont Ă prendre en compte :
Ătat psychologique de la maman, complications durant la grossesse, santĂ© de la mĂšre et du foetus.
Mouvement spĂ©cifique au sport que lâathlĂšte devra rĂ©aliser en revenant de sa grossesse. Adapter en fonction du type de mouvement.
La condition physique.
En plus dâun entraĂźnement afin de maintenir la force musculaire une approche spĂ©cifique au sport visant Ă Â conserver les schĂ©mas neuromusculaires peut sâavĂ©rer efficace pour le maintien de performance par la suite : lors du troisiĂšme trimestre lorsque les femmes se tiennent debout elles dĂ©montrent une activation accrue sur lâEMG (Ă©lectromyographie : mesure de lâactivitĂ© musculaire) des muscles extenseurs lombaires et pelviens. Ces Ă©lĂ©ments montrent comment les muscles extenseurs du tronc dĂ©veloppent des rĂ©ponses adaptatives Ă lâaugmentation du volume abdominal. Comprendre toutes les adaptations musculaires du corps de la femme permettra dâaxer les exercices en fonction de son sport et de ses capacitĂ©s.
LâentraĂźnement sans impact est Ă privilĂ©gier tout de mĂȘme en fin de grossesses en raison des potentiels dysfonctionnements du plancher pelvien. Il est Ă©galement important de prendre en compte que les femmes enceintes peuvent se retrouver essoufflĂ©es plus rapidement Ă cause de lâaugmentation du volume sanguin nĂ©cessaire Ă lâapport dâoxygĂšne et de nutriment pour le fĆtus.
Â
Nouvelles technologies :
Les nouvelles technologies vont surtout sâaxer afin de « tracker » le cycle menstruel des athlĂštes, car il sâavĂšre que cela peut aider notamment Ă prĂ©venir le risque de blessure, en effet : les femmes possĂšdent plus de risques de se blesser au ligament croisĂ© antĂ©rieur lors de la premiĂšre moitiĂ© du cycle.
Voici différentes applications permettant de tracker son cycle menstruel :
Cycle tracking dâApple : Compatible avec lâApple Watch et facile dâutilisation, la combinaison tĂ©lĂ©phone + montre peut ĂȘtre une bonne option pour avoir son suivi quotidien.
Clue : Il sâagit de lâune des applications de tracking du cycle menstruel la plus populaire qui saura surement satisfaire la majoritĂ©.Â
Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©.
Cet article n'inclut pas de partenariat commercial avec les produits cités. Ils ne sont présentés qu'à titre d'exemple en rapport avec l'article.
Â
Sources :
Solli, G. S., & Sandbakk, Ă. (2018). Training Characteristics During Pregnancy and Postpartum in the World's Most Successful Cross Country Skier. Frontiers in physiology, 9, 595. https://doi.org/10.3389/fphys.2018.00595. Article sous Creative Commons Attribution License (CC BY) 4.0 : Modifications apportĂ©es : Traduction
Sundgot-Borgen, J., Sundgot-Borgen, C., Myklebust, G., SÞlvberg, N., & Torstveit, M. K. (2019). Elite athletes get pregnant, have healthy babies and return to sport early postpartum. BMJ open sport & exercise medicine, 5(1), e000652. https://doi.org/10.1136/bmjsem-2019-000652 Article sous Creative Commons 4.0 CC BY NC https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ Modifications apportées: Traduction
Beetham, K. S., Giles, C., Noetel, M., Clifton, V., Jones, J. C., & Naughton, G. (2019). The effects of vigorous intensity exercise in the third trimester of pregnancy: a systematic review and meta-analysis. BMC pregnancy and childbirth, 19(1), 281. https://doi.org/10.1186/s12884-019-2441-1 Article sous Creative Commons Attribution License (CC BY) 4.0 : Modifications apportées : Traduction
Blyholder, L., Chumanov, E., Carr, K., & Heiderscheit, B. (2017). Exercise Behaviors and Health Conditions of Runners After Childbirth. Sports health, 9(1), 45â51. https://doi.org/10.1177/1941738116673605
Nazem, T. G., & Ackerman, K. E. (2012). The female athlete triad. Sports health, 4(4), 302â311. https://doi.org/10.1177/1941738112439685
Ristolainen, L., Heinonen, A., Waller, B., Kujala, U. M., & Kettunen, J. A. (2009). Gender differences in sport injury risk and types of inju-ries: a retrospective twelve-month study on cross-country skiers, swimmers, long-distance runners and soccer players. Journal of sports science & medicine, 8(3), 443â451.
IvkoviÄ, A., FraniÄ, M., BojaniÄ, I., & PeÄina, M. (2007). Overuse injuries in female athletes. Croatian medical journal, 48(6), 767â778. https://doi.org/10.3325/cmj.2007.6.767 Article sous Creative Commons Attribution License (CC BY) 4.0 : Modifications apportĂ©es : Traduction





