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Prise en charge du syndrome fémoro-patellaire

// RÉÉDUCATION

Le syndrome fémoro-patellaire (SFP) est une cause fréquente de douleur antérieure du genou chez les athlÚtes.

Mise en ligne le 17 Apr 2021
Mise Ă  jour le 15 Jan 2025
Syndrome fémoro-patellaire Genou
Clément

Clément

Article rédigé par Clément Boudot 

Le syndrome fĂ©moro-patellaire (SFP) est une cause frĂ©quente de douleur antĂ©rieure du genou chez les athlĂštes. Le SFP touche les patients avec ou sans lĂ©sion structurelle de l’articulation fĂ©moro-patellaire tandis que chez les patients ĂągĂ©s, une douleur de la face antĂ©rieure du genou est gĂ©nĂ©ralement due Ă  l’arthrose de l’articulation fĂ©moro-patellaire (=SFPOA). Le SFP est gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă  des activitĂ©s qui sollicitent les quadriceps, comme les sauts, le cyclisme ou la course Ă  pied. Le SFP est principalement un diagnostic d’exclusion. Si toutes les autres pathologies, comme une rupture du LCA, une lĂ©sion du mĂ©nisque ou encore une tendinopathie patellaire sont exclues et qu’il reste seulement une douleur antĂ©rieure de genou, on peut alors diagnostiquer un SFP. La prĂ©valence du SFP est Ă©levĂ©e et touche environ 11 Ă  17 % des patients qui consultent un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste pour des douleurs au genou. (4) (5) (1)

Il semblerait que le SFP soit corrĂ©lĂ© Ă  une augmentation trop brutale la charge d’entrainement. Les patients veulent gĂ©nĂ©ralement progresser trop vite et rĂ©aliser des sĂ©ances trop intenses entrainant la blessure. Lors de l’entrĂ©e dans l’armĂ©e il fut constatĂ© une forte augmentation de la prĂ©valence du SFP qui est expliquĂ© par un entrainement trop intense.

Il a Ă©tĂ© rĂ©cemment rapportĂ© que ~25 % des sportifs amateurs diagnostiquĂ©s avec un SFP cesseront de pratiquer leur sport en raison de la douleur au genou. Chez les cyclistes professionnels, la prĂ©valence du SFP est de 35,7 %. Lors d’une Ă©tude observationnelle portant sur 810 adolescents joueurs de basket-ball, la prĂ©valence globale du SFP Ă©tait de 25 %, avec ~26 % de femmes et 18 % d’hommes affectĂ©s. Il semblerait que les femmes soient deux fois plus Ă  risque que les hommes de dĂ©velopper un SFP.

Traitement

  • Renforcement musculaire

Le renforcement musculaire est l’une des stratĂ©gies les plus plĂ©biscitĂ©es pour son utilisation Ă  court, moyen et long terme. Si une seule intervention devait ĂȘtre utilisĂ©e dans sa pratique pour traiter le SFP le « Patellofemoral Pain Consensus » conseillerait d’utiliser le renforcement musculaire.

Les preuves montrent clairement que le renforcement musculaire est efficace pour rĂ©duire la douleur et amĂ©liorer les capacitĂ©s fonctionnelles de l’athlĂšte, quel que soit le type d’exercice (avec ou sans poids, renforcement ciblĂ© sur les muscles de la hanche ou du genou).

Le but des exercices est d’ĂȘtre le plus spĂ©cifique et d’essayer de reproduire les mouvements rĂ©alisĂ©s lors du sport pratiquĂ© par le patient.

Les exercices ciblant la hanche devront essayer de corriger un valgus dynamique (mis en évidence lors du bilan). Pour cela, il faudra donc renforcer les rotateurs externes de la hanche, mais également les abducteurs, comme le moyen fessier, trÚs sollicité lors de la course à pied ou toutes les activités nécessitant un appui unipodal.

Les exercices ciblant le genou auront pour but de renforcer le quadriceps, tous les modes de contractions devront ĂȘtre rĂ©alisĂ©s (isomĂ©triques, concentriques et excentriques).

Les exercices pourront Ă©galement incorporer de la pliomĂ©trie afin d’imposer de plus fortes contraintes sur le quadriceps et le tendon patellaire, lors de la rĂ©ception d’un saut jusqu’à 90 fois le poids du corps est imposĂ© au niveau du TP.

  • Tape

Le groupe d’experts lors du « Patellofemoral Pain Consensus » n’a pas pu dĂ©terminer si le tape rotulien devait ĂȘtre le traitement de premiĂšre intention lors de douleur fĂ©moro-patellaire.

Il semblerait que le tape ainsi que les attelles rotuliennes pourraient jouer un rĂŽle dans la gestion de la douleur fĂ©moro-patellaire en association avec d’autres traitements, mais leur rĂŽle isolĂ© n’a pas encore Ă©tĂ© entiĂšrement dĂ©terminĂ©.

Les méthodes de pose du tape varient considérablement entre les kinésithérapeutes ce qui peut influer sur les résultats obtenus.

Il existe une incertitude pour les recommandations sur l’utilisation du tape. Il est donc important d’avoir une plus grande considĂ©ration des besoins individuels des patients pour personnaliser au mieux son traitement. Par exemple, dans l’étude de Barton et al « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain », les experts ont dĂ©crit qu’il Ă©tait important de cibler le tape en fonction de la situation de chaque patient (attente du patient, croyance sur le tape, etc.).

D’autres traitements d’appoint, tels que les mobilisations articulaires (rotule, genou, lombaire) et les agents Ă©lĂ©ctrophysiques (TENS par exemple), n’ont pas montrĂ© une efficacitĂ© significative dans la prise en charge de la douleur fĂ©moro-patellaire.

  • Semelles

Les semelles ont Ă©tĂ© recommandĂ©es pour soulager Ă  court terme la douleur chez les personnes souffrant de douleur fĂ©moro-patellaire. Cependant, il faut tenir compte du fait que la rĂ©duction moyenne de la douleur grĂące au port de semelles peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme n’ayant pas de signification clinique et peut varier d’un individu Ă  l’autre.

Les semelles sont susceptibles de ne pas ĂȘtre efficaces pour tout le monde et il doit ĂȘtre nĂ©cessaire de savoir qui profitera du port de semelle.

Des Ă©tudes ont fait Ă©tat de caractĂ©ristiques cliniques qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour prĂ©dire le succĂšs d’une intervention avec des semelles, notamment :

  • Une mobilitĂ© accrue du mĂ©dio-pied

  • Une flexion dorsale de la cheville limitĂ©e

  • Une amĂ©lioration immĂ©diate de la douleur fĂ©moro-patellaire lors de l’exĂ©cution d’un squat sur une jambe lors du port de semelles.

Chez les personnes prĂ©sentant les caractĂ©ristiques prĂ©sentĂ©es ci-dessus il serait alors intĂ©ressant d’utiliser les semelles.

  • StratĂ©gies combinĂ©es

Lors du « Patellofemoral pain consensus » de 2016 les interventions combinées (renforcement musculaire, tape, mobilisation et semelles) ont été jugées appropriées pour les patients ayant des douleurs fémoro-patellaires, ce qui est conforme à la recommandation du « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » parue en 2014.

Une approche combinant plusieurs stratĂ©gies pour prendre en charge le SFP reflĂšte le mieux la pratique clinique et donne au praticien la possibilitĂ© d’utiliser plusieurs outils pour amĂ©liorer la prise en charge de son patient. Toutefois, une recommandation importante formulĂ©e dans le « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » concernant les interventions combinĂ©es est la nĂ©cessitĂ© d’individualiser les traitements pour chaque patient, car tous les patients ne nĂ©cessitent pas tous les traitements citĂ©s ci-dessus. Le bilan jouera un rĂŽle crucial afin de dĂ©terminer quel traitement devra ĂȘtre proposĂ© au patient.

 

  • Éducation (3)

L’éducation des patients sportifs sur la charge d’entrainement est un point essentiel de la prise en charge du SFP.

Une revue systĂ©matique de Winters et al., a mis en Ă©vidence l’efficacitĂ© de l’éducation pour le traitement du SFP. Ils concluent que l’éducation sur la quantification la charge d’entrainement associĂ© Ă  un traitement actif/passif (exercice, semelle ou taping/mobilisation rotulienne) Ă  plus de chances d’ĂȘtre efficace Ă  3 mois.

Cependant Ă  12 mois, l’éducation seule est comparable Ă  l’éducation associĂ©e Ă  un traitement actif.

Ces rĂ©sultats montrent que l’éducation du patient constitue le pilier de la stratĂ©gie thĂ©rapeutique Ă  utiliser. Les traitements actifs/passifs peuvent interfĂ©rer sur le court et moyen terme, mais de meilleurs rĂ©sultats seront obtenus si une Ă©ducation du patient Ă  gĂ©rer sa charge d’entrainement est rĂ©alisĂ©e.

  • Traitement pharmacologique (2)

Le « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » recommande que le soulagement immédiat de la douleur soit une priorité pour gagner la confiance du patient.

Une revue Cochrane de 2004 a conclu qu’il existait des preuves limitĂ©es que les anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens (= AINS) rĂ©duisaient efficacement la douleur antĂ©rieure aiguĂ« du genou chez les patients atteints du SFP. Il n’existe pas de revues systĂ©matiques plus rĂ©centes des traitements pharmacologiques du SFP.

Conclusion 

Le Patellofemoral Pain Consensus a émis 6 recommandations pour la prise en charge du SFP :

  • L’exercice est recommandĂ© pour rĂ©duire la douleur Ă  court, moyen et long terme, et amĂ©liorer la fonction Ă  moyen et long terme.

  • Il est recommandĂ© de combiner les exercices de la hanche et du genou pour rĂ©duire la douleur et amĂ©liorer la fonction Ă  court, moyen et long terme, plutĂŽt que d’utiliser seulement des exercices du genou.

  • Des interventions combinĂ©es (actif et passif) sont recommandĂ©es pour rĂ©duire la douleur chez les adultes souffrant de douleurs fĂ©moro-patellaires Ă  court et moyen terme.

  • Les semelles sont recommandĂ©es pour rĂ©duire la douleur Ă  court terme selon les caractĂ©ristiques cliniques.

  • Les agents Ă©lectrophysiques ne sont pas recommandĂ©

À ces recommandations, il faudrait ajouter 2 nouvelles considĂ©rations qui Ă©manent de la littĂ©rature scientifique rĂ©cente. L’éducation thĂ©rapeutique sur la charge d’entrainement est un Ă©lĂ©ment clĂ© pour le kinĂ©sithĂ©rapeute ainsi que la prise en charge mĂ©dicamenteuse qui pourrait ĂȘtre intĂ©ressante pour diminuer la douleur en dĂ©but de prise en charge.

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Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă  titre informatif. Il ne remplace en aucun cas l’avis ou la visite d’un professionnel de santĂ©.

Sources :

(1) Crossley, K. M., van Middelkoop, M., Callaghan, M. J., Collins, N. J., Rathleff, M. S., & Barton, C. J. (2016). 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 2: recommended physical interventions (exercise, taping, bracing, foot orthoses and combined interventions). British journal of sports medicine, 50(14), 844–852. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0).

(2) Barton, C. J., Lack, S., Hemmings, S., Tufail, S., & Morrissey, D. (2015). The ‘Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain’: incorporating level 1 evidence with expert clinical reasoning. British journal of sports medicine, 49(14), 923–934.

(3) Winters, M., Holden, S., Lura, C. B., Welton, N. J., Caldwell, D. M., Vicenzino, B. T., Weir, A., & Rathleff, M. S. (2020). Comparative effectiveness of treatments for patellofemoral pain: a living systematic review with network meta-analysis. British journal of sports medicine, 55(7), 369–377. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0).

(4) Petersen, W., Rembitzki, I., & Liebau, C. (2017). Patellofemoral pain in athletes. Open access journal of sports medicine, 8, 143–154. Article sous Creative Commons Attribution – Non Commercial License.

(5) Smith, B. E., Selfe, J., Thacker, D., Hendrick, P., Bateman, M., Moffatt, F., Rathleff, M. S., Smith, T. O., & Logan, P. (2018). Incidence and prevalence of patellofemoral pain: A systematic review and meta-analysis. PloS one, 13(1), e0190892. Article sous Creative Commons Attribution License.