Article rĂ©digĂ© par ClĂ©ment BoudotÂ
Le syndrome fĂ©moro-patellaire (SFP) est une cause frĂ©quente de douleur antĂ©rieure du genou chez les athlĂštes. Le SFP touche les patients avec ou sans lĂ©sion structurelle de lâarticulation fĂ©moro-patellaire tandis que chez les patients ĂągĂ©s, une douleur de la face antĂ©rieure du genou est gĂ©nĂ©ralement due Ă lâarthrose de lâarticulation fĂ©moro-patellaire (=SFPOA). Le SFP est gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă des activitĂ©s qui sollicitent les quadriceps, comme les sauts, le cyclisme ou la course Ă pied. Le SFP est principalement un diagnostic dâexclusion. Si toutes les autres pathologies, comme une rupture du LCA, une lĂ©sion du mĂ©nisque ou encore une tendinopathie patellaire sont exclues et quâil reste seulement une douleur antĂ©rieure de genou, on peut alors diagnostiquer un SFP. La prĂ©valence du SFP est Ă©levĂ©e et touche environ 11 Ă 17 % des patients qui consultent un mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste pour des douleurs au genou. (4) (5) (1)
Il semblerait que le SFP soit corrĂ©lĂ© Ă une augmentation trop brutale la charge dâentrainement. Les patients veulent gĂ©nĂ©ralement progresser trop vite et rĂ©aliser des sĂ©ances trop intenses entrainant la blessure. Lors de lâentrĂ©e dans lâarmĂ©e il fut constatĂ© une forte augmentation de la prĂ©valence du SFP qui est expliquĂ© par un entrainement trop intense.
Il a Ă©tĂ© rĂ©cemment rapportĂ© que ~25 % des sportifs amateurs diagnostiquĂ©s avec un SFP cesseront de pratiquer leur sport en raison de la douleur au genou. Chez les cyclistes professionnels, la prĂ©valence du SFP est de 35,7 %. Lors dâune Ă©tude observationnelle portant sur 810 adolescents joueurs de basket-ball, la prĂ©valence globale du SFP Ă©tait de 25 %, avec ~26 % de femmes et 18 % dâhommes affectĂ©s. Il semblerait que les femmes soient deux fois plus Ă risque que les hommes de dĂ©velopper un SFP.
Traitement
Renforcement musculaire
Le renforcement musculaire est lâune des stratĂ©gies les plus plĂ©biscitĂ©es pour son utilisation Ă court, moyen et long terme. Si une seule intervention devait ĂȘtre utilisĂ©e dans sa pratique pour traiter le SFP le « Patellofemoral Pain Consensus » conseillerait dâutiliser le renforcement musculaire.
Les preuves montrent clairement que le renforcement musculaire est efficace pour rĂ©duire la douleur et amĂ©liorer les capacitĂ©s fonctionnelles de lâathlĂšte, quel que soit le type dâexercice (avec ou sans poids, renforcement ciblĂ© sur les muscles de la hanche ou du genou).
Le but des exercices est dâĂȘtre le plus spĂ©cifique et dâessayer de reproduire les mouvements rĂ©alisĂ©s lors du sport pratiquĂ© par le patient.
Les exercices ciblant la hanche devront essayer de corriger un valgus dynamique (mis en évidence lors du bilan). Pour cela, il faudra donc renforcer les rotateurs externes de la hanche, mais également les abducteurs, comme le moyen fessier, trÚs sollicité lors de la course à pied ou toutes les activités nécessitant un appui unipodal.
Les exercices ciblant le genou auront pour but de renforcer le quadriceps, tous les modes de contractions devront ĂȘtre rĂ©alisĂ©s (isomĂ©triques, concentriques et excentriques).
Les exercices pourront Ă©galement incorporer de la pliomĂ©trie afin dâimposer de plus fortes contraintes sur le quadriceps et le tendon patellaire, lors de la rĂ©ception dâun saut jusquâĂ 90 fois le poids du corps est imposĂ© au niveau du TP.

Tape
Le groupe dâexperts lors du « Patellofemoral Pain Consensus » nâa pas pu dĂ©terminer si le tape rotulien devait ĂȘtre le traitement de premiĂšre intention lors de douleur fĂ©moro-patellaire.
Il semblerait que le tape ainsi que les attelles rotuliennes pourraient jouer un rĂŽle dans la gestion de la douleur fĂ©moro-patellaire en association avec dâautres traitements, mais leur rĂŽle isolĂ© nâa pas encore Ă©tĂ© entiĂšrement dĂ©terminĂ©.
Les méthodes de pose du tape varient considérablement entre les kinésithérapeutes ce qui peut influer sur les résultats obtenus.
Il existe une incertitude pour les recommandations sur lâutilisation du tape. Il est donc important dâavoir une plus grande considĂ©ration des besoins individuels des patients pour personnaliser au mieux son traitement. Par exemple, dans lâĂ©tude de Barton et al « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain », les experts ont dĂ©crit quâil Ă©tait important de cibler le tape en fonction de la situation de chaque patient (attente du patient, croyance sur le tape, etc.).
Dâautres traitements dâappoint, tels que les mobilisations articulaires (rotule, genou, lombaire) et les agents Ă©lĂ©ctrophysiques (TENS par exemple), nâont pas montrĂ© une efficacitĂ© significative dans la prise en charge de la douleur fĂ©moro-patellaire.
Semelles
Les semelles ont Ă©tĂ© recommandĂ©es pour soulager Ă court terme la douleur chez les personnes souffrant de douleur fĂ©moro-patellaire. Cependant, il faut tenir compte du fait que la rĂ©duction moyenne de la douleur grĂące au port de semelles peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme nâayant pas de signification clinique et peut varier dâun individu Ă lâautre.
Les semelles sont susceptibles de ne pas ĂȘtre efficaces pour tout le monde et il doit ĂȘtre nĂ©cessaire de savoir qui profitera du port de semelle.
Des Ă©tudes ont fait Ă©tat de caractĂ©ristiques cliniques qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour prĂ©dire le succĂšs dâune intervention avec des semelles, notamment :
Une mobilité accrue du médio-pied
Une flexion dorsale de la cheville limitée
Une amĂ©lioration immĂ©diate de la douleur fĂ©moro-patellaire lors de lâexĂ©cution dâun squat sur une jambe lors du port de semelles.
Chez les personnes prĂ©sentant les caractĂ©ristiques prĂ©sentĂ©es ci-dessus il serait alors intĂ©ressant dâutiliser les semelles.
Stratégies combinées
Lors du « Patellofemoral pain consensus » de 2016 les interventions combinées (renforcement musculaire, tape, mobilisation et semelles) ont été jugées appropriées pour les patients ayant des douleurs fémoro-patellaires, ce qui est conforme à la recommandation du « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » parue en 2014.
Une approche combinant plusieurs stratĂ©gies pour prendre en charge le SFP reflĂšte le mieux la pratique clinique et donne au praticien la possibilitĂ© dâutiliser plusieurs outils pour amĂ©liorer la prise en charge de son patient. Toutefois, une recommandation importante formulĂ©e dans le « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » concernant les interventions combinĂ©es est la nĂ©cessitĂ© dâindividualiser les traitements pour chaque patient, car tous les patients ne nĂ©cessitent pas tous les traitements citĂ©s ci-dessus. Le bilan jouera un rĂŽle crucial afin de dĂ©terminer quel traitement devra ĂȘtre proposĂ© au patient.

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Ăducation (3)
LâĂ©ducation des patients sportifs sur la charge dâentrainement est un point essentiel de la prise en charge du SFP.
Une revue systĂ©matique de Winters et al., a mis en Ă©vidence lâefficacitĂ© de lâĂ©ducation pour le traitement du SFP. Ils concluent que lâĂ©ducation sur la quantification la charge dâentrainement associĂ© Ă un traitement actif/passif (exercice, semelle ou taping/mobilisation rotulienne) Ă plus de chances dâĂȘtre efficace Ă 3 mois.
Cependant Ă 12 mois, lâĂ©ducation seule est comparable Ă lâĂ©ducation associĂ©e Ă un traitement actif.
Ces rĂ©sultats montrent que lâĂ©ducation du patient constitue le pilier de la stratĂ©gie thĂ©rapeutique Ă utiliser. Les traitements actifs/passifs peuvent interfĂ©rer sur le court et moyen terme, mais de meilleurs rĂ©sultats seront obtenus si une Ă©ducation du patient Ă gĂ©rer sa charge dâentrainement est rĂ©alisĂ©e.
Traitement pharmacologique (2)
Le « Best Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Pain » recommande que le soulagement immédiat de la douleur soit une priorité pour gagner la confiance du patient.
Une revue Cochrane de 2004 a conclu quâil existait des preuves limitĂ©es que les anti-inflammatoires non stĂ©roĂŻdiens (= AINS) rĂ©duisaient efficacement la douleur antĂ©rieure aiguĂ« du genou chez les patients atteints du SFP. Il nâexiste pas de revues systĂ©matiques plus rĂ©centes des traitements pharmacologiques du SFP.
ConclusionÂ
Le Patellofemoral Pain Consensus a émis 6 recommandations pour la prise en charge du SFP :
Lâexercice est recommandĂ© pour rĂ©duire la douleur Ă court, moyen et long terme, et amĂ©liorer la fonction Ă moyen et long terme.
Il est recommandĂ© de combiner les exercices de la hanche et du genou pour rĂ©duire la douleur et amĂ©liorer la fonction Ă court, moyen et long terme, plutĂŽt que dâutiliser seulement des exercices du genou.
Des interventions combinées (actif et passif) sont recommandées pour réduire la douleur chez les adultes souffrant de douleurs fémoro-patellaires à court et moyen terme.
Les semelles sont recommandées pour réduire la douleur à court terme selon les caractéristiques cliniques.
Les agents électrophysiques ne sont pas recommandé
Ă ces recommandations, il faudrait ajouter 2 nouvelles considĂ©rations qui Ă©manent de la littĂ©rature scientifique rĂ©cente. LâĂ©ducation thĂ©rapeutique sur la charge dâentrainement est un Ă©lĂ©ment clĂ© pour le kinĂ©sithĂ©rapeute ainsi que la prise en charge mĂ©dicamenteuse qui pourrait ĂȘtre intĂ©ressante pour diminuer la douleur en dĂ©but de prise en charge.
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Tout le contenu de cet article est prĂ©sentĂ© Ă titre informatif. Il ne remplace en aucun cas lâavis ou la visite dâun professionnel de santĂ©.
Sources :
(1) Crossley, K. M., van Middelkoop, M., Callaghan, M. J., Collins, N. J., Rathleff, M. S., & Barton, C. J. (2016). 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 2: recommended physical interventions (exercise, taping, bracing, foot orthoses and combined interventions). British journal of sports medicine, 50(14), 844â852. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0).
(2) Barton, C. J., Lack, S., Hemmings, S., Tufail, S., & Morrissey, D. (2015). The âBest Practice Guide to Conservative Management of Patellofemoral Painâ: incorporating level 1 evidence with expert clinical reasoning. British journal of sports medicine, 49(14), 923â934.
(3) Winters, M., Holden, S., Lura, C. B., Welton, N. J., Caldwell, D. M., Vicenzino, B. T., Weir, A., & Rathleff, M. S. (2020). Comparative effectiveness of treatments for patellofemoral pain: a living systematic review with network meta-analysis. British journal of sports medicine, 55(7), 369â377. Article sous Creative Commons Attribution Non Commercial license (CC BY-NC 4.0).
(4) Petersen, W., Rembitzki, I., & Liebau, C. (2017). Patellofemoral pain in athletes. Open access journal of sports medicine, 8, 143â154. Article sous Creative Commons Attribution â Non Commercial License.
(5) Smith, B. E., Selfe, J., Thacker, D., Hendrick, P., Bateman, M., Moffatt, F., Rathleff, M. S., Smith, T. O., & Logan, P. (2018). Incidence and prevalence of patellofemoral pain: A systematic review and meta-analysis. PloS one, 13(1), e0190892. Article sous Creative Commons Attribution License.