Les lésions musculaires du mollet représentent une pathologie fréquente aussi bien chez les sportifs de haut niveau que chez les pratiquants récréatifs. Elles concernent principalement le complexe du triceps sural, composé du gastrocnémien médial, du gastrocnémien latéral et du soléaire. Les atteintes du gastrocnémien médial sont les plus fréquentes, notamment lors des accélérations, des changements d’appui ou des mouvements explosifs associant extension du genou et flexion dorsale de cheville.

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Longtemps, la prise en charge reposait principalement sur le repos prolongé et la protection des tissus. Les données scientifiques récentes soutiennent aujourd’hui une approche beaucoup plus active, centrée sur l’exposition progressive aux contraintes mécaniques et la restauration des capacités fonctionnelles du mollet. L’objectif n’est plus uniquement de “cicatriser”, mais surtout de retrouver une capacité optimale de production et d’absorption des forces.
Comprendre les contraintes biomécaniques du mollet
Le mollet joue un rôle majeur dans la locomotion, la course et les activités pliométriques. Lors de la course à pied, le complexe tricipital participe fortement :
- à l’absorption des contraintes ;
- au stockage d’énergie élastique ;
- à la propulsion ;
- au contrôle de la cheville et du genou.
Le gastrocnémien étant bi-articulaire, il est particulièrement sollicité lors des mouvements rapides combinant extension du genou et flexion plantaire explosive. Le soléaire, quant à lui, joue un rôle essentiel dans l’endurance posturale et le contrôle des contraintes répétées pendant la course.
Cette forte exposition mécanique explique pourquoi les récidives restent fréquentes lorsque la rééducation ne restaure pas suffisamment les capacités de charge du mollet.

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Phase initiale : gérer l’irritabilité sans déconditionner
Dans les premiers jours, l’objectif principal consiste à contrôler les symptômes sans supprimer totalement les contraintes mécaniques. Les approches modernes tendent à éviter le repos strict prolongé, qui favorise rapidement la perte de capacité musculaire et tendineuse.
La prise en charge initiale repose généralement sur :
- une réduction temporaire des activités douloureuses ;
- une gestion de la charge ;
- le maintien de mouvements tolérables ;
- un travail progressif de mobilité.
Les contractions isométriques sont souvent utilisées précocement afin de conserver une stimulation musculaire avec une irritabilité limitée. Elles peuvent également présenter un intérêt antalgique chez certains patients.
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Le renforcement progressif : élément central de la rééducation
La rééducation moderne des lésions musculaires du mollet repose largement sur le renforcement progressif. Les études montrent qu’une exposition mécanique insuffisante constitue un facteur important de récidive.
Le travail musculaire évolue généralement progressivement :
- isométrique ;
- concentrique ;
- excentrique ;
- pliométrique ;
- spécifique au sport.
Les exercices de flexion plantaire unilatérale représentent souvent une base importante du traitement. Les variantes genou tendu ciblent davantage le gastrocnémien tandis que les positions genou fléchi augmentent davantage la sollicitation du soléaire.
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Le travail excentrique présente un intérêt particulier car il permet d’améliorer la tolérance mécanique du complexe musculo-tendineux et la capacité d’absorption des contraintes lors de la course et des décélérations. Cependant, les données récentes montrent surtout l’importance d’une progression globale adaptée plutôt que la supériorité absolue d’un mode de contraction spécifique.
Restaurer les capacités de charge du mollet
L’un des éléments clés de la rééducation concerne la restauration progressive des capacités de charge. Le mollet doit être capable de tolérer des contraintes élevées et répétées, notamment chez les sportifs pratiquant :
- la course ;
- les sports collectifs ;
- les sports de saut ;
- les activités explosives.
Le travail de force lourde est donc souvent indispensable dans les phases intermédiaires et avancées. Les exercices comme les calf raises lourds, le seated calf raise ou les variantes unilatérales permettent progressivement de restaurer :
- la force maximale ;
- l’endurance musculaire ;
- la rigidité tendineuse ;
- les capacités de propulsion.
Les études récentes montrent également l’importance du travail du soléaire, souvent sous-estimé malgré son rôle majeur dans la course à pied et la gestion des contraintes répétées.
Pliométrie et retour à la course
La pliométrie représente une étape essentielle avant le retour au sport. Les lésions du mollet surviennent fréquemment lors d’activités à haute vitesse impliquant des cycles étirement-raccourcissement rapides. La rééducation doit donc progressivement réintroduire ces contraintes.
Les exercices pliométriques permettent de travailler :
- la restitution d’énergie élastique ;
- la vitesse de production de force ;
- la coordination neuromusculaire ;
- la tolérance aux impacts.
La progression se fait généralement des sauts bilatéraux vers les sauts unilatéraux puis vers des tâches spécifiques au sport.
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Le retour à la course doit lui aussi être progressif. Les protocoles modernes utilisent souvent une augmentation graduelle :
- du volume ;
- de la vitesse ;
- des accélérations ;
- des changements de direction.
L’objectif est d’exposer progressivement le mollet aux contraintes réelles rencontrées dans l’activité sportive.
La place de la douleur dans la rééducation
Comme dans de nombreuses pathologies musculo-squelettiques, les approches modernes acceptent une certaine douleur tolérable pendant la rééducation. Une légère symptomatologie contrôlée n’est pas forcément délétère si les symptômes restent stables ou récupèrent rapidement après l’effort.
Cette approche permet souvent d’éviter un sous-chargement chronique du mollet, fréquemment retrouvé chez les patients présentant des récidives ou une persistance des symptômes.
Facteurs de risque et prévention des récidives
Les récidives des lésions musculaires du mollet restent relativement fréquentes, notamment chez les sportifs de plus de 30 ans et les coureurs. Plusieurs facteurs semblent associés à un risque plus élevé :
- déficit de force ;
- asymétries persistantes ;
- mauvaise tolérance des charges ;
- reprise trop rapide des activités explosives ;
- déficit de capacité pliométrique.
La prévention passe donc largement par :
- le maintien du travail de force ;
- la gestion des charges d’entraînement ;
- l’exposition progressive à la vitesse ;
- le maintien des capacités de propulsion et d’endurance du mollet.
Conclusion
La prise en charge moderne des lésions musculaires du mollet repose aujourd’hui sur une approche active et progressive. La rééducation ne vise plus uniquement la cicatrisation tissulaire mais surtout la restauration des capacités mécaniques nécessaires à la locomotion et au sport.
Le renforcement progressif, le travail de force lourde, la pliométrie et la réintroduction graduelle des contraintes spécifiques représentent les piliers centraux de la rééducation moderne. Cette approche permet non seulement d’améliorer le retour à la performance mais aussi de réduire le risque de récidive, particulièrement fréquent dans ce type de pathologie.
Sources scientifiques
- Brukner P et al. Calf muscle injuries in athletes. British Journal of Sports Medicine.
- Green B et al. Management and prevention of calf muscle strain injuries in sport.
- Malliaropoulos N et al. Rehabilitationprinciples for gastrocnemius and soleus injuries.
- Pollock N et al. British Athletics Muscle InjuryClassification: calf injuries. British Journal of Sports Medicine.
- Rio E et al. Isometricexerciseinducesanalgesia and reduces inhibition in tendinopathy.
- O’Neill S et al. The role of soleusstrength in running performance and lowerlimbinjuryprevention.
- Maniar N et al. Return to playconsiderationsfollowing calf muscle injury in athletes.
- Orchard J et al. Epidemiology of calf injuries in elite sport.
- Heiderscheit BC et al. Hamstring and calf injuryrehabilitation: principles of progressive loading.
- Hickey J et al. The role of plyometricrehabilitationafterlowerlimb muscle injury.
(Certaines publications en accès libre sont disponibles sous licence CC BY via PubMed Central, MDPI ou BMC selon les revues et les années de publication.)